Confiance

Vivre la foi dans les familles mennonites autrefois et aujourd’hui

Auteur: Nelly Gerber-Geiser  Trad.:  Louise Nussbaumer 

‘Pour la nourriture et la boisson, pour le pain quotidien, nous te remercions,  Seigneur’. Le repas est sur la table, les trois générations de la famille rassemblés et affamés – c’est dimanche, début novembre 2013. La foi, si importante pour les grand-parents, se transmet aux enfants. On entonne un chant, tous ne le connaissent pas, mais tous le respectent. Semer et laisser grandir la foi:

 

 …pour que la génération future sache ;... ils se lèveront et le raconteront à leurs fils. Ils mettront en Dieu leur assurance, et ils n’oublieront pas ses actions et garderont ses commandements  – Psaume 78:6-7.

 

Préparer le dimanche

‘Nous ne pouvons plus lire la Bible et la Parole du jour, ensemble le matin, chacun quitte la maison à un autre moment. Aujourd’hui c’est comme ça’.  Voici ce que dit une mère de famille dans les années 1960.

Et encore: ‘Au temps de mon enfance à la ferme il était impensable de ne pas se retrouver le matin autour de la table pour la prière. De même, le soir, tous étaient là, à 12 ou plus, à écouter dans le recueillement papa lire la Bible, et prier. Il était important pour les parents que la foi soit  transmise en famille, à l’école et dans l’assemblée.

 

En tant qu’aînée, je participais aux préparatifs du dimanche: des rangées de chaussures à nettoyer et à cirer, des vêtements à brosser, lessiver les sols, tout ranger; les petits attendaient le bain dans la grande bassine à la cuisine, la pâte pour la brioche n’était pas encore faite. Il y avait des odeurs de savon, de cire, de brioche, de gâteau et de soupe. Nous voulions autant que possible préparer le plus de choses en avance, pour trouver le temps et le calme pour aller au  culte (après le repas de midi) et pour des rencontres avec des parents et des frères en la foi. Presque chaque dimanche, des invités partageaient notre repas.

 

Hospitalité

Dans les fermes anabaptistes on pratiquait l’hospitalité, le dimanche et en semaine. Un marchand ambulant, quelqu’un qui cherchait du travail, ils étaient invités pour un repas. Souvent vivait dans la maison un sans-abri, alcoolique qui avait le gîte et le couvert en échange de son travail. Ils étaient réchauffés, corps et âme autour de la table familiale, en écoutant les chants à plusieurs voix accompagnés par l’harmonium.

 

 

 

 

Des lieux de culte, de prière et de communion

Auteur: Beate Zipperer 
Trad.: Louise Nussbaumer

 Aujourd’hui il est tout à fait normal que les églises possèdent leurs propres locaux. Des lieux où se déroule la vie de l’église. Il est tout aussi normal de partager ces locaux avec d’autres communautés. Mais au cours de l’histoire mennonite il y a eu toutes sortes de lieux de réunion. En temps de persécution dans des grottes ou sous de gros vieux arbres, dans les champs ou en cachette dans les maisons des responsables. Il en était ainsi pour les assemblées de l’Allemagne du Sud. Plus tard les réunions se sont tenues dans des lieux ordinaires, des fermes, des maisons, des auberges, des granges, et des magasins ou tout autre bâtiment.

Les Mennonites en Allemagne du Sud n’ont pas développé une « architecture mennonite », même si on peut trouver certains traits caractéristiques « classiques » dans les lieux de réunion et de prière mennonites. Ils se sont développés en fonction de la théologie, des pratiques religieuses et avec les limitations économiques et politiques propres à chaque église. Tous ces lieux ont pour seul but: L’assemblée se réunit pour lire la Parole de Dieu, l’écouter, l’enseigner et la rendre vivante. L’Eglise célèbre les baptêmes et la Sainte Cène, et prend des repas ensemble. Suivant la taille et les besoins de l’assemblée, il peut y avoir des opportunités pour construire des lieux de culte ou louer des locaux. Quelques assemblées en Allemagne du Sud ont leurs propres lieux de culte (Ingolstadt/Regensburg). D’autres sont en location dans d’autres églises (Augsbourg/Munich).

 

Pas de lieux saints

Ainsi les lieux utilisés ne sont pas exclusivement des « lieux saints », mais restent le plus souvent des lieux où les croyants peuvent servir Dieu et leur prochain. Les relations entre les membres d’église marquent l’atmosphère des lieux et montrent une relation vivante à Dieu. Les cultes et les rencontres au nom de Dieu donnent leur sens aux locaux de l’église.

 

Des lieux ouverts pour une parole publique

En 2013 nous avons ouvert nos locaux pour accueillir aux heures de midi, les élèves de l’école voisine, en rénovation. Il y a eu beaucoup d’occasions pour se parler avec l’administration de la ville, le personnel de l’école, les parents et les enfants qui étaient accueillis dans nos locaux pendant plus de trois mois. Des lieux ouverts peuvent ainsi être une chance, de rappeler aux hommes le message de salut de Jésus.

La nouvelle église ‘de contours’ de Witmarsum

Auteur: Gerke van Hiele
Trad.: 
Louise Nussbaumer

En 2008 une nouvelle église a été construite près du monument de Menno Simons (1878) près de  Witmarsum. A l’initiative du Frisian Mennonite Monuments Foundation SDMF (Fondation des Monuments Mennonites de Friese), et conçue par Joute de Graaf. Elle montre la silhouette de  ‘la vielle maison de réunion de  Minne Siemens’  démolie en 1879. L’architecte a pris soin de ne pas construire la réplique d’une église mennonite cachée, mais une structure ouverte avec de l’espace pour la lumière, la pluie et le vent.

 

Spiritualité

Pour beaucoup de visiteurs, cette nouvelle silhouette d’église est une invitation à réfléchir sur la signification de la tradition anabaptiste. C’est en partie un pèlerinage méditatif sur le lieu de naissance de Menno Simons. Le départ de ce voyage est Koepelkerk à Witmarsum, l’endroit où Menno a quitté l’Eglise catholique romaine, en fermant les portes derrière lui, un moment qui est devenu crucial, montrant que la tradition anabaptiste est une tradition de renouveau. La prochaine étape est l’ancienne église cachée de Pingjum. Ce bâtiment montre une histoire de persécution et de lutte, qui peut avoir amené les mennonites à devenir les ‘silencieux du pays’. La dernière étape est l’église ouverte et colorée. Ici l’on peut imaginer la direction de nos communautés dans l’avenir.

 

Passé, présent et futur

Witmarsum est devenu finalement un lieu de pèlerinage approprié. Avant 2008, les touristes étrangers et les pèlerins venaient ici très enthousiastes, mais ils avaient tendance à repartir légèrement déçus. Il y avait le monument Menno Simons, mais maintenant on trouve aussi l’église silhouette qui montre clairement la tradition et la communauté mennonite.

Nous pouvons construire avec soin sur la fondement ‘Jésus’, mais nous devons faire attention à la manière de construire (1 Cor. 3 :11). C’est à notre tour de vivre notre vie personnelle et communautaire de manière à la fois fidèle et authentique, où que nous soyons.

 

Caractéristiques anabaptistes

La structure avec son profil solide peut aussi rappeler tout ce que nous partageons. Par exemple les Convictions Communes (CMM 2009), mais aussi les éléments caractéristiques de notre tradition: le baptême, la vie de disciple, et le travail pour la justice et la paix. On peut aussi penser aux sept pratiques de David Augsburger: un attachement radical, une loyauté têtue, une sérénité sans faille, une humilité constante, une non-violence résolue, un service concret, et un témoignage authentique. 

 

Références: David Augsburger, Dissident discipleship, A spirituality of self-surrender, love of God and love of neighbor, (Grand Rapids 2006). F. Stark, E.J. Tillema (red.) Kracht van een minderheid (Zoetermeer 2011). G.J.J. van Hiele, ‘De zevensprong. Over doperse spiritualiteit’ in: Doopsgezinde Bijdragen DB 34 (2008), pp. 127-152.

 

 

Colonies

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Catherine la Grande a invité les mennonites à venir en Russie pour développer de nouvelles terres de l’empire. Choisis pour leurs qualités de fermiers, ils reçurent de la terre, de l’argent pour le voyage et l’installation. Exemptés du service militaire, ils avaient obtenu des droits civiques et une certaine autonomie.

 

Colonies à Ekaterinoslav,  Alexandrovsk and Molochansk

Les premières familles mennonites – 228 arrivèrent de la Prusse dans la province d’Ekaterinoslav. Ils fondèrent huit colonies : Chortytza,  Einlage, Rosenthal, Kronsweide, Neuendorf, Shoenhorst, Neuenburg et la colonie de l’île de  Chortitza. Le prochain groupe d’immigrants (118 familles) arrivèrent dans la région de Novomoskovsk et Alexandrovsk en 1793–1796. Au début du 19ème siècle, 150 familles mennonites s’établirent dans la province de Tavria (1804) où ils construisirent leurs villages le long de la rive est de la Molochnaya. En 1804 - 1806 d’autres 365 familles mennonites s’installèrent dans ce district. Durant les premières décennies  les mennonites ont fondé 27 colonies à Molotchna: Halbstadt, Tiegenhagen, Schoenau, Fischau, Lindenau, Lichtenau, Muensterbeg, Altonau, Tiege, Orlovo, Blumenort, Muntau–Ladekop, Mariental, Rudnerweide, Franzthal,  Pastva, Grossweide et Blumstein.

 

En 1835 cinq autres colonies de Bergtal (145 familles) se sont installées dans la région de Alexandrovsk. En 1852 ils furent réunis dans le troisième district mennonite de Mariupol. Lorsque en 1836 - 1866 les Doukhobors, des sectaires russes partirent vers le Caucase, les représentants de l’assemblée de Old-Flemish Gnadenfels venus de la Prusse occupèrent les terres libérées, et fondèrent Gnadenfeld Mennonite Volost dans le District mennonite de  Molochansk.

 

Samara et Volhynia

A partir de 1850 des mennonites de Dansk, Marlenburg et Elbing s’installèrent dans la province de Samara. Vers 1874, il y avait 16 colonies. Quelques colonies mennonites se trouvaient dans la province de Kiev (le village de Mikhalin) et à Volhynia (Karlsweide, colonies de Mennonites suisses). Vers 1870 le nombre de mennonites de Dansk et de la Prusse arrivés en Russie se montait à 2300 familles.

 

Nouvelle migration pour des questions de terres

Des problèmes de terres surgirent à cause du développement économique et de l’augmentation de la population. La ‘loi sur l’héritage’ (1866) permit la parcellisation des terres mais ne pouvait résoudre la question du manque de terres. Les mennonites achetèrent les terres des nobles après 1861, et l’abolition du servage. Quelques nouveaux groupes de colonies furent établies dans d’autres parties de la Russie. Au début du 20ème siècle la population mennonite totale dans l’empire russe était de 104 000. La majorité vivait dans les provinces de Ekaterinoslav, Tavria et Samara. Les plus grandes colonies: Chortytza (1800 personnes), Rosenthal (1226), Neuendorf (1121), Osterwick (3100), Einlage (1258) (dans la province de  Ekaterinoslav); Halbstadt (915) et Waldheim (946) (dans la province de  Tavria).

 

Photo: Wally Kroeker, An Introduction to Russian Mennonites: A story of flights and resettlements to homelands in the Ukraine, the Chaco, the North American Midwest, Germany and beyond. (Good Books, PA, 2005).

Moments clés dans l’histoire des Mennonites polonais

Auteur: Michał Targowski
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Depuis leur arrivée au 16ème siècle jusqu’au triste moment de leur départ en 1945, les Mennonites ont joué un grand rôle dans l’histoire difficile de la Pologne, autrefois  patrie de la plus grande population mennonite au monde.

 

Bienvenus et craints

Au milieu du 16ème siècle les premiers Mennonites s’installèrent en Pologne. Leur émigration des Pays-Bas vers le delta et la plaine de la Vistule  suscitait  toutes sortes de réactions parmi la population locale. D’une part on les voyait comme une menace pour l’église catholique ou protestante et des concurrents dangereux pour les métiers  de la ville. D’autre part, ils étaient les bienvenus pour leur talent à cultiver les terres marécageuses. De temps en temps, les villes, les évêques et la noblesse souhaitaient le départ des Mennonites, mais ils restèrent, soutenus par les rois, les seigneurs et les administrateurs des grands domaines.

 

Contrairement  aux autres pays, la Pologne était connue pour sa tolérance religieuse garantie par la loi. En 1642, les Mennonites polonais eurent un privilège particulier : la liberté de conscience et la protection en cas de persécution. Mais au 17ème et 18ème siècle les guerres du Nord ont décimé ou même anéanti beaucoup de colonies mennonites, détruites par des troupes nomades et des épidémies.

 

Liberté perdue

Pendant plus de deux siècles le Commonwealth polonais-lituanien était un endroit où les Mennonites pouvaient vivre selon leur foi et leurs traditions. Cela changea complètement avec les divisions de la Pologne en 1772 et 1793, où certaines  régions furent rattachés au royaume de Prusse. La nouvelle monarchie leur imposa de nouvelles lois ils furent obligés de payer une grande somme chaque année pour être exemptés du service militaire et n’eurent pas le droit d’acheter de nouvelles  fermes. Ceci provoqua une nouvelle émigration vers l’Est. Quelques mennonites s’installèrent à Plock et Varsovie, mais la plupart répondirent à l’invitation de la tsarine Catherine II à venir coloniser les steppes russes. Les familles qui restèrent en Prusse s’identifièrent de plus en plus  avec les Allemands et en 1870 ils finirent par perdre la lutte pour l’exemption du service militaire. Entre temps un nouveau courant d’émigration entraîna beaucoup de Mennonites de Prusse en Amérique du Nord et du Sud.

 

Après la deuxième Guerre mondiale les Mennonites vivant à Zulawy et la plaine de la Vistule furent séparés par de nouvelles frontières de la République de Pologne, de l’Allemagne et de la ville libre de Gdansk. Traités d’Allemands et accusés d’être responsables des désastres de la Deuxième Guerre mondiale, ils durent quitter leurs maisons au début de 1945. Ils partirent surtout vers l’Allemagne ou les Etats-Unis. Ainsi leur présence de plus de 500 ans en Pologne s’acheva de manière dramatique et douloureuse.

 

 

 

Lorsque la mort produit une nouvelle vie!

 Auteur: Martin Podobri
Trad.: 
Louise Nussbaumer

C’était le dimanche 10.10.2010. Les membres de l’Eglise libre mennonite à Salzburg se rencontrent une dernière fois pour décider ensemble la dissolution de l’église. Ce moment était en même temps le niveau le plus bas dans A ce moment on en était arrivé au point zéro dans l’histoire de l’Eglise libre mennonite d’Autriche (MFÖ).

La grande question du comité était: Y a-t-il du sens à maintenir l’Alliance pour les cinq assemblées restantes?

 

En janvier 2011, tous les anciens des cinq assemblées mennonites se retrouvent pour une retraite en commun. Et ils découvrent que toutes les assemblées se battent avec les mêmes problèmes: des conflits dans l’assemblée, la difficulté de trouver des collaborateurs et d’appeler de nouveaux anciens.

D’où la question: Comment une Alliance pourrait-elle aider à résoudre ces problèmes ? C’était la naissance du nouveau MFÖ, une nouvelle compréhension de l’Alliance !

Le comité de MFÖ étudia les conclusions de la retraite et découvrit 5 points  pour lesquels l’Alliance devrait aider les assemblées.

 

Créer une identité

‘Qui sont les mennonites, que croient-ils, et d’où vient ce nom ?’ L’alliance devrait aider les assemblées à découvrir leur identité propre et celle de l’Alliance.

 

Promouvoir la relève des responsables

Les anciens de l’assemblée sont en général trop occupés pour, en plus de leurs tâches, penser à promouvoir la relève. L’Alliance pourrait aider à prendre en copte la nouvelle génération.

 

Mettre en pratique un leadership biblique

Lorsqu’il y a des problèmes au niveau des responsables, ou qu’une assemblée s’occupe de ‘faux’ problèmes, qui peut aider ?

Dans le Nouveau Testament les apôtres ont aidé les assemblées à mettre en place un leadership biblique. C’est à l’Alliance de se charger de cela.

 

Promouvoir la croissance de l’église

L’alliance a beaucoup de contacts avec différentes sociétés missionnaires, et avec la Conférence Mennonite Mondiale. C’est de là qu’elle peut recevoir des impulsions pour la croissance de l’assemblée

 

Fonder de nouvelles églises

Fonder une église-fille serait trop charger une seule église. Mais si les cinq assemblées mennonites s’entraident, cela pourrait être faisable.

C’est triste d’avoir perdu l’assemblée de Salzburg. Mais ce moment triste a contribué à faire naître une nouvelle vie dans l’Alliance. C’est ainsi que la mort a donné la vie.

 

Le début d’un long chemin de souffrance

Auteur: Hermann Heidelbrecht
Trad.: 
Louise Nussbaumer

La période la plus difficile pour les mennonites en Russie est venue, lorsque les Bolcheviques prirent le pouvoir en octobre 1917. Une guerre civile qui se terminera  en 1922/23 commence à ce moment en Russie. Plusieurs groupes se battaient entre eux. Les bandes terroristes anarchistes  de Nestor Machno qui attaquaient régulièrement les villages mennonites, étaient les plus redoutés par les Mennonites. Dans le village de Eichenfeld, par exemple, 77 hommes et 4 femmes furent assassinés au cours d’une nuit en octobre en 1919, D’autres victimes sont mortes d’une épidémie de  typhus qui se répandait dans les villages par les Machnovites. Des familles entières moururent. Dans le village de Schönhorst 132 des 350 habitants moururent, à Choritza 180 sur 767. Plus de 10% de la population mourut au cours de cette épidémie.

 

Famine

Après toutes ces années de terribles combats acharnés, l’économie mennonite était complètement détruite. Les troupes de collecteurs d’impôts sur la nourriture du nouveau gouvernement soviétique prirent les produits agricoles, enlevant les dernières céréales aux paysans. Il y eut une terrible famine. Après des négociations difficiles avec les Bolcheviques, les Mennonites américains et néerlandais purent envoyer de la nourriture et des vêtements à leurs frères en difficulté.

 

Interdis d’émigration

Les délégués mennonites furent très encouragés à explorer les possibilités d’émigration vers l’Amérique. Les mennonites canadiens firent des demandes de visas d’immigration à leur gouvernement, obtinrent des crédits pour les traversées et promirent que les nouveaux arrivants ne seraient pas une charge pour l’état. Entre 1923 et 1928 environ 23.000 Mennonites partirent au Canada via l’Allemagne. En 1928, le gouvernement soviétique a mis fin à cette émigration.

 

L’impact de la collectivisation

La collectivisation qui devait remplacer l’économie privée par une économie collective en Russie fut mise en place en 1929. A nouveau il en résulta une terrible famine, avec 10 millions de victimes en Union Soviétique rien qu’en 1932-33. Parmi les personnes dépossédées et déportées se trouvaient beaucoup de Mennonites. Ils furent privées de terres, de bétail et de machines. Beaucoup furent forcés de s’installer ailleurs et laisser leurs villages et leurs maisons. Beaucoup moururent de faim ou de maladies dans les lieux de déportation. Certains partirent en ville à la recherche d’un emploi et de nourriture. C’est ainsi qu’arriva la dissolution des colonies mennonites.

 

Pour en savoir plus sur les Mennonites en Russie voir la Mennonite Encyclopedia Online (http ://www.gameo.org).

 

 

De la monarchie à la démocratie

Auteur: Nataly Venger
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les Mennonites ont été invités par Catherine la Grande à venir dans l’Empire russe. Comment la monarchie a-t-elle changé son attitude à l’égard des Mennonites, et pourquoi?

Privilèges

Catherine II a été à l’origine de la colonisation mennonite. C’était une méthode pour cultiver de nouvelles terres : augmenter la population pour améliorer l’économie de l’Empire. La politique de l’émigration active pour les mennonites leur a donné de grandes perspectives économiques. ‘Les Privilèges Mennonites’ ont été signés par l’Impératrice en 1788. Il est intéressant de noter que d’autres groupes ethniques et la population russe n’avaient pas ces avantages.

 

Morale

Paul I (1796-1801), Alexandre I (1801-1825) et Nicolas I (1825-1855) ont aussi soutenu les Mennonites. Paul I a donné aux mennonites une ‘Charte de Privilèges’  voyant leur conduite morale comme un exemple pour d’autres groupes sociaux. Alexandre I a mis en place de nouvelles règles de colonisation en comptant sur des immigrants riches. Il ordonna de rassembler toutes les lois antérieures dans les ‘Statuts des Colonies’. Le roi a subventionné la construction d’églises dans les villages d’Orloff et Rudnerweide. La colonie d’Alexandrwohl a tiré son nom d’Alexandre qui visita Steinbach et Tiege. L’idéologie de Nicolas I se retrouve dans le slogan ‘Orthodoxie, autocratie et nationalité’. Même si les mennonites sont protestants, ils soutenaient l’idée du ‘roi comme père’. Ils démontrèrent leur dévouement à la monarchie. En 1837  Nicolas II a également soutenu les ‘Privilèges’.

 

Changement de statut

La modernisation et l’unification menées par Alexandre II ont introduit un nouveau chapitre dans l’histoire des colonies. En 1871-1874 les mennonites perdirent leur statut de ‘colons’ et furent contraints à un service militaire alternatif. Cependant les réformes n’arrêtèrent pas le développement des colonies, surtout parce que Alexandre II ne soutenait pas les nationalistes. Les mennonites gardèrent l’idée d’un ‘messianisme économique’ qui déterminait leurs liens avec la monarchie. Une nouvelle colonie porta le nom d’Alexandre.

 

De la monarchie à la démocratie

Alexandre III (1881-1894) et Nicolas I (1894-1917) étaient influencés par des sentiments nationalistes. Suivant cette idéologie, ils assimilaient la nation russe à l’orthodoxie et étaient contre les protestants. Nicolas II a soutenu la législation anti-allemande de 1914-1918. Pendant longtemps, les mennonites ont soutenu la monarchie. Un processus démocratique, suite à la révolution de 1905-1907 mit les colons en dialogue avec le gouvernement et changea l’attitude mennonite qui étaient à l’origine des soutiens de la monarchie en soutiens de la démocratie et du système parlementaire.

 

Un nouveau commencement après la Deuxième guerre mondiale

Auteur: Johannes Dyck
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Pendant les persécutions au temps de Staline, les Mennonites perdirent presque tous leurs responsables, prédicateurs et bâtiments d’églises. Après l’entrée en guerre de  l’Union Soviétique en 1941, tous les Allemands de la partie européenne du pays furent déportés en Sibérie et en Asie Centrale, avec interdiction de quitter les lieux. En plus, au début de 1942, tous les hommes restants furent mobilisés, loin de leurs occupations dans l’Armée des Travailleurs.

 

Groupes de prière pendant la déportation

Dans l’Armée des Travailleurs, sous des conditions épouvantables et souvent proches de la mort, des hommes ont commencé à crier à Dieu, se rassemblant à l’occasion pour des réunions de prière clandestines, peu importait leur confession. Un de ces groupes de prières a été organisé par Heinrich Voth, autrefois ancien de l’assemblée mennonite de Nikolaifeld. Et Dieu les entendit. Il y eut un réveil. En beaucoup d’endroits des réunions de prières clandestines furent créées. En 1945 beaucoup de Mennonites qui avaient été emmenés en Allemagne furent rapatriés en Union Soviétique. Ils se rassemblèrent pour le culte. Là où c’était possible, les Mennonites se sont joints aux églises baptistes russes qui étaient autorisées pendant la guerre.

 

Après Staline

Après la mort de Staline en 1953, il y eut un dégel politique et en 1956 tous les Allemands étaient rappelés d’exil. La répression faiblit un peu, et dans beaucoup de villages, les gens qui s’étaient convertis dans les années précédentes, furent baptisés par des hommes courageux. On vit la création de petites assemblées de villages dans les anciens lieux d’exil. Des allemands, dont des Mennonites, partirent de là vers le sud du pays, en particulier vers le Kazakhstan et le Kirghizstan ; ils fondèrent de nouvelles églises ou rejoignirent  des églises russes baptistes qui ressemblaient beaucoup aux églises des Frères mennonites. C’est ainsi qu’une nouvelle géographie des églises se mit en place.

 

La non-violence rejetée

Le dégel du moins en matière de religion prit fin en 1958 et une nouvelle vague de persécutions commença. On regarda les Mennonites comme des sectaires réactionnaires opposés au gouvernement à cause de leur position historique non-violente. Leurs églises furent retirées de la liste des confessions officiellement autorisées, et n’avaient aucune chance d’être reconnues légalement. Cette situation a changé en 1966 ouvrant la voie à la légalisation des premières églises mennonites et Frères mennonites.

Beaucoup de Frères Mennonites et de personnes ayant un arrière-plan mennonite ont rejoint les églises baptistes.

 

Reference: And When They Shall Ask. A Docu-Drama of the Russian Mennonite Experience (1984/2010) dvd. www.mennonitemediasociety.com

 

 

Basée sur le don

Auteur: Beate Zipperer
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les assemblées mennonites sont financées par les dons des membres. Dans notre assemblée les membres donnent mensuellement un montant qu’ils fixent eux-mêmes suivant leur situation financière. La dîme fondée bibliquement est pour la plupart un point de repère que l’on essaie de suivre selon ses possibilités.

La location des locaux représente pour notre assemblée une autre source de revenu. Les locaux peuvent être loués à une institution ou des particuliers pour une fête ou des séminaires. Les frais d’entretien, toutes les réparations nécessaires, le chauffage, les salaires mais aussi toutes les dépenses nécessaires pour nos activités, des cultes spéciaux, des concerts ou la semaine biblique annuelle pour enfants  etc. sont couverts par les contributions régulières des membres.

 

Offrandes

Pendant les cultes du dimanche nous recueillons une offrande destinée aux dépenses régulières de l’assemblée. Parfois les offrandes vont aux œuvres mennonites p. ex. en Allemagne du Sud, le juwe, (Travail pour les jeunes des Assemblées Mennonites d’Allemagne du Sud e.V) ; le VdM (Association des Assemblées Mennonites Allemandes), mais aussi globalement pour toute l’Allemagne : AMG (Association des Assemblées Allemandes) ; DMFK (Comité Mennonite Allemand pour la Paix) ; DMMK (Comité de Mission Mennonite Allemand); CD (Services chrétiens) etc. Et aussi, plus large la MWC (Conférence Mennonite Mondiale).

 

Par une gestion responsable des dons reçus et le compte financier annuel publié, il est possible pour notre assemblée de fonctionner en autarcie, indépendante du contrôle de l’état et de participer localement et dans le monde, à l’avancement du Royaume de Dieu.

‘… Liberté de la foi chrétienne…’

Auteur: Alfred R. van Wijk
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les mennonites pratiquent le baptême sur la base d’une confession de foi écrite personnellement. A cause de cela, leur éducation religieuse prend plus de temps, elle est proposée aux enfants et aux  jeunes adultes qui se préparent au baptême.

 

Pas de doctrines établies

Actuellement beaucoup d’églises proposent une école de dimanche aux enfants d’âge préscolaire. C’est une leçon à thème et de petits rituels avec des livres d’images contenant différents thèmes. Corien van Ark a développé une méthode appelée ‘Rejoins le cercle’ (Kom in de kring). Pour des adultes se préparant au baptême il y a des réunions de catéchisme, utilisant souvent une méthode éditée par Gerke van Hiele, ‘Touché par l’Eternel’ (Aangeraakt door de Eeuwige). L’objectif de cette méthode n’est pas de transmettre une doctrine écrite. Au contraire, à chaque rencontre, une série de passages bibliques, de cantiques, de sujets de discussion, d’activités créatives et un ensemble de questions sont proposés pour un travail en groupe. A part cela, il y a une formation courte pour ceux qui ont 18 ans et plus pour les préparer à être des prédicateurs laïcs pendant les cultes.

 

Une foi basée sur l’expérience

Les méthodes de Corien van Ark et de Gerke van Hiele ont pour but d’édifier une foi basée sur l’expérience. Dans les années après la guerre les personnes en charge de l’éducation à la foi, en particulier des femmes, ont  réuni du matériel. Elles ont produit des livres pour enfants avec des histoires, un temps fort, et des histoires à réfléchir, en même temps qu’un manuel pour les parents.

 

Passer de la connaissance à une foi personnelle

Ce n’est que depuis la fin du  17ème siècle que les parents demandent à l’église de prendre en charge l’éducation à la foi. Avant, on pensait que c’était le travail des parents. Le matériel d’enseignement contenait une doctrine à apprendre par cœur qui mettait l’accent sur les vertus et la connaissance biblique. Au 18ème siècle le temps des Lumière a doucement pris plus d’influence dans l’éducation à la foi. Les mennonites ont eu une position importante dans cette direction  parce que leur matériel d’études avait déjà inclus le rapport entre les sciences naturelles et le fait de connaître Dieu. Pendant le siècle suivant, le modernisme qui s’est développé sous l’influence de la critique académique de la Bible a orienté le catéchisme dans une direction plus libérale. Ce libéralisme qui promeut une foi basée sur l’expérience personnelle et une interprétation individuelle de la foi marque aujourd’hui l’éducation à la foi.

 

Référence: Gerke van Hiele, Encoutering the Eternal One: quide for Mennonite Churches (Pandora Press, Canada).