Ukraine

Langues: Ukrainien (officiel) 67%, Russe (langue régionale) 24%,

Religions: 66% Orthodoxes, Eglise catholique grecque 10%

Population: 44 millions

Capital: Kiev

Mennonites en Ukraine

 

Nombre d'assemblées mennonites : 7

Number de mennonites baptisés :281 = 0,5% des  Mennonites européens

 

Vous aimez visiter l'Ukraine?

 

Une partie des  9000 km du Chemin des migrations  passera dans ce pays .

Entrepreneur et réformateur

Auteur: Nataly Venger
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Johann Cornies – une personnalité en qui les Mennonites avaient une grande confiance a fait carrière en travaillant pour le gouvernement russe. Le gouvernement soutenait Cornies en tant que promoteur de réformes. Ses valeurs étaient différentes de celles du leader religieux J.Warkentin qui souhaitait garder les assemblées à l’écart et refusait de coopérer avec l’élite russe. Le soutien public reçu par Cornies était dû à son succès en tant qu’entrepreneur. Il était impliqué dans le commerce, l’élevage de moutons et le brassage, il était propriétaire d’une petite entreprise. Il a investi les bénéfices de son exploitation agricole dans le développement de l’industrie, un secteur déterminant pour le succès des colonies plus tard.

 

Leader de colonies et de sociétés

Johann Cornies a commencé sa carrière en 1817 où le Guardianship Committee le nomma responsable des nouvelles colonies de Dansk. Il prit ensuite la responsabilité des colonies d’émigrants de Wittenberg. A partir de 1825 il a travaillé sur le « projet Nogan » qui devait civiliser la population  de Nogay. Cornies montra des grandes aptitudes administratives, de la tolérance et une capacité d’adapter les demandes du gouvernement russe  aux besoins d’une société traditionnelle.

Responsable de la ‘Société de Sylviculture’ (1830) et de la ‘Société d’agriculture’ (1836) il s’arrangea pour superviser beaucoup de projets liés au progrès économique. La ‘Société d’agriculture’ subsista jusqu’en 1871.

 

Innovations et Neu-Halbstadt

Au moment où s’accroissait une population sans terre, Johann proposa un nouveau projet, qui donnait de petites surfaces dans les banlieues des colonies aux membres des assemblées. Il donna 100 000 roubles de ses propres économies pour fonder une nouvelle colonie appelée Neu-Halbstadt.

Cornies était un banquier privé qui prêtait de l’argent à des entrepreneurs mennonites et allemands, des seigneurs russes et des hommes politiques et qui faisait crédit à de jeunes entrepreneurs. Johann organisa un programme où les artisans mennonites enseignaient leur savoir à de jeunes Bulgares. Il réformé avec succès le système éducatif.

 

Tourné vers l’avenir

Cornies croyait que le but de l’idéologie mennonite était de conserver la colonie et d’établir la justice au sein des assemblées. Ses convictions étaient influencées par les valeurs piétistes. C’était un leader autoritaire, mais il accomplit des changements positifs dans sa colonie. Il était certain que l’avenir dans une Russie modernisée dépendait du développement du marché à l’intérieur de la colonie. Les résultats de ses projets étaient positifs et évidents dès la décennie suivante.

 

‘Un homme, une mission’

Auteur: Nataly Venger
Trad.: Louise Nussbaumer

Jacob Hoeppner (1748–1826) était un entrepreneur mennonite dans la Prusse polonaise qui a joué un rôle important  dans la migration des mennonites dans l’empire des tsars russes.

Il a été l’un des premiers à être convaincu de la possibilité et de l’utilité d’une migration mennonite. Son attitude a inspiré d’autres représentants de l’assemblée moins rapides à se décider. Sa détermination et son soutien pour un des projets de  déplacement important jetèrent les fondations pour un nouvelle page dans l’histoire des mennonites européens.

 

Hoeppner était un entrepreneur, il avait loué une petite boutique avec une auberge à Dantzig où il travaillait. Georg von Trappe, l’envoyé du gouvernement russe qui était venu par hasard comme client, fût impressionné par ses compétences. Il apportait des nouvelles sur les manifestes de la Tsarin Catherine II avec la possibilité d’un déplacement des mennonites. Lorsque les conditions de vie des mennonites dans la Prusse polonaise devinrent plus difficiles, l’assemblée mennonite de Dantzig encouragea Hoeppner et son collègue Johann Bartsch à aller en Russie. Le but du voyage était de clarifier les conditions de la colonisation et de trouver des terres adaptées. En automne 1786 Hoeppner et Bartsch partirent pour la Russie. Ils approuvèrent une bande de terrain près de Beryslaw. Au printemps 1787 les ‘Privilèges’ furent rédigés, comme résultat des tractations avec l’homme d’état G.Potemkin. Le document fut signé en 1788 par Catherine II.

 

Les Privilèges promettaient aux nouveaux arrivants des conditons favorables. Ils gardaient la liberté de culte et leur autonomie et obtenaient des conditions  favorables au développement de leurs activités économiques. En signant ces privilèges, les délégués s’assuraient aussi de leur avenir personnel.Comme précisé dans le document, ils eurent pour eux-mêmes le droit de léguer les moulins à construire avec l’aide de l’état, et de posséder des commerces, des brasseries et des vinaigreries.

 

Le premier groupe de colons arriva en Russie en 1787-1788. Pendant leur voyage vers Beryslaw le gouvernement russe changea le lieu d’implantation de la colonie, à cause de menaces venues de l’Empire ottoman.Les nouvelles terres à Chortitza étaient moins fertiles qu’à Beryslaw et les mennonites accusèrent Hoeppner et Bartsch de les avoir trompés. Hoeppner fut exclu de l’assemblée et mis en prison. Mais lorsque le nouveau tsar, Alexandre Premier vint au pouvoir, Hoeppner fut à nouveau réintégré. Il passa les dernières années de sa vie dans la colonie Kronweide.

Selon le ‘Mennonite Heritage Village’ à Steinbach (Canada), une stèle a été placée sur la tombe de Hoeppner en 1890 en souvenir d'une nouvelle étape dans l'histoire mennonite européenne. Dans les années 1960-70, elle a été déplacée de l'Ukraine au Canada.

 

 

Bâtiments et constructions

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: Louise Nussbaumer

La mentalité mennonite est basée sur le rationalisme. Les colonies étaient des villages proches les uns des autres. Les colonies, reliées par des routes étaient construites sur les rives des petites rivières, d’après des plans approuvés officiellement et adaptés au paysage. Peu à peu les colonies développèrent leurs infrastructures : ateliers d’artisans, usines, boutiques, églises et écoles.

 

Bien entretenus et propres

Les villages mennonites étaient disposés le long d’une seule rue, la rue principale. Il y avait des fossés pour drainer l’eau de pluie et des trottoirs pavés le long de la rue. La rue était propre et bien entretenue. Toutes les colonies avaient de grands espaces verts et des jardins, des fleurs devant la maison. Une église/lieu de culte et une école se trouvaient au centre de la colonie. L’école était souvent un magnifique bâtiment à deux étages avec de grandes fenêtres, des escaliers confortables et des sols  carrelés.

 

Matériel

Les maisons étaient à colombage, en briques de pisé. Les cheminées étaient construites dans les greniers pour un meilleur chauffage et une bonne circulation de l’air chaud. Traditionnellement les Mennonites installaient un fumoir dans les cheminées. Les pignons des maisons, en briques  avaient jusqu’à 9 mètres de haut. Les toits étaient couverts de tuiles, de métal ou de bardeaux. Les planchers étaient souvent peints. Les ménagères lavaient et nettoyaient les planchers non peints. Chaque maison avait une cave – rectangulaire ou voûtée. Les murs et les planchers étaient carrelés et en briques parfois en terre battue.

 

Arranger les cours et les maisons

Les cours avaient 40 mètres de large et 100 à 120 mètres de long. Les cours de ferme étaient séparées par des clôtures, blanchies deux fois l’an. La plupart des bâtiments avaient un étage, 9 à 18 mètres de long, face à la rue principale. Toutes les maisons avaient deux entrées, la porte principale, face à la cour et une autre conduisait par un couloir à la grange, à une deuxième porte à quelques mètres de l’entrée principale. Dans certaines maisons on trouvait quatre pièces autour du foyer placé au centre du bâtiment. Le mobilier traditionnel se composait de lits (‘shlopani’),  d’armoires, de couches, de sofas en bois, d’armoires suspendues à deux battants et de coffres.

 

Les puits

Les puits se trouvaient dans la cour et les étables. Si un village n’avait pas d’eau potable, les mennonites construisaient des citernes recouverts d’un couvercle en bois remplies d’eau de pluie filtrée ou d’eau distillée. Des puits se trouvaient aussi le long de la rue.

 

Travail

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les colonies mennonites dans l’Empire russe se trouvaient dans une zone à risques pour l’agriculture. Le manque de pluie et de longues sécheresses donnaient parfois un aspect pitoyable aux champs. Mais dans les bonnes années le seigle et le blé poussaient bien. Les mennonites moissonnaient avec un minimum de pertes. Ils préparaient soigneusement les outils et les machines agricoles. Tout le matériel devait être prêt pour le début de l’été (24 juin). Ce jour là, des lobogreykas (des faucheuses), des chariots chargées de fourches, de râteaux, de nourriture et d’eau se dirigeaient vers les champs. Les mennonites et leurs employés travaillaient en rangées et entassaient le blé en tas Le travail nécessitait un savoir faire et des forces physiques, la machine ne s’arrêtait que pour le repas.

 

Camper dans les champs

La moisson durait toute la journée Pour ne pas perdre du temps, on campait sur place. Quelques chariots retournaient au village pour la nuit. Ils ramenaient de l’eau et le repas  pour le lendemain. Un tel programme permettait de terminer la moisson en 6  à 8 jours.

 

Le battage

Pendant ce temps, d’autres personnes au village préparaient le battage Ils utilisaient des ‘garbos’ – de grands chariots qui déplaçaient les bottes de blé vers l’endroit du battage, deux meules activées par deux chevaux. De courts bâtons (‘langvids’) qui reliaient les roues avant aux roues arrière étaient remplacés par des bâtons longs. Les mennonites fixaient aussi des échelles de 1m.5 sur les deux côtés. Les machines pour nettoyer le grain étaient activées à la main. Le battage prenait 8 à 10 jours toujours avec le risque de voir le temps changer.

 

‘Un jour nourrit une année’

Peu à peu le progrès technologique fit son entrée dans les colonies. Avec le temps les mennonites utilisèrent des batteuses mécaniques, très chères, parfois ils les louaient pour un ou deux jours. Pour faire ce gros travail en en court laps de temps, les propriétaires embauchaient 10 à 15 ouvriers, des Ukrainiens des villages environnants. Il fallait travailler dur : de 3 à 4 h du matin jusqu’à 10-11h. le soir. Mais le travail était bien payé et les ouvriers bien nourris. Ainsi il n’y avait pas de conflit, chacun comprenait que ‘un jour nourrit une année’. Le temps de la moisson était un temps dur mais important, il donnait de l’espoir pour l’année suivante et remplissait leur vie de grande joie.

 

Photo: John A. Lapp, C. Arnold Snyder eds.: Testing Faith and Tradition. Global Mennonite History Series: Europe. (Good Books, PA, 2006).

 

 Charité publique

Auteur: Nataly Venger
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les services sociaux mis en place par les mennonites étaient un exemple pour toute la société russe sur la manière de  résoudre les problèmes sociaux de manière civilisée. En organisant des services pour la réhabilitation des groupes sociaux sans protection, les Mennonites ont apporté de nouvelles normes de vie qui démontraient leur maturité ethnique, leur humanité et le statut économique de leurs communautés.

 

Au service de la communauté

Les Mennonites en Russie étaient un groupe ethnique et religieux  prospère sur le plan économique. Selon l’éthique mennonite, la richesse est vue comme une responsabilité. L’argent devait servir pour ‘faire’ des choses utiles. Le concept de charité avait un aspect social, lié à l’objectif d’être au service de la communauté. Les moyens financiers de la communauté étaient utilisés dans les institutions appelées ‘institutions de charité publique’ en Russie.

 

Ecoles, hôpitaux et maisons de retraite.

L’activité des institutions était en rapport avec la réhabilitation sociale des membres de la communauté qui avaient besoin du soutien de la communauté. Beaucoup de personnes étaient atteintes de maladies mentales à cause des nombreux de mariages consanguins chez les Mennonites. En 1914 quelques établissements importants avaient été crées. Il y avait: ‘L’école pour les sourds-muets’ à Tiege, l’hôpital ‘Béthania’ pour les malades mentaux et une maison de retraite. Le fonctionnement de ces institutions était assuré financièrement par les personnes les plus riches de la communauté. Comme ‘Béthania’, ‘l’Ecole pour sourds-muets’ était subventionnée à 50% par des dons de particuliers.

 

Donations

L’idée de l’hôpital ‘Béthania’ venait de l’assemblée de Ekatarinoslav, où on trouvait  les plus grandes des dynasties d’industriels et de personnalités (les Thiessen, Toews, Fast, Ezau et Bergman). Une fondation fut créée pour démarrer le projet. Les dons étaient anonymes, et le fonds pour l’hôpital atteignit rapidement  262 000 roubles. La prise en charge était gratuite pour les personnes  dans le besoin.

 

Mennonites et (non) Mennonites

L’hôpital se trouvait à Alt- Kronsweide (Chortytza). Il ouvrit en mars 1911, et en décembre 1912 il avait soigné 53 patients. Bien que la plupart des patients étaient mennonites, on acceptait les personnes d’autres ethnies. ‘Béthania’ était géré par un Conseil, dirigé par les célèbres entrepreneurs J.Suderman et J. Lepp. Le fonds atteignit 93 514 roubles et le budget s’élevait à 37 956 roubles en 1911-1913. des soins pour un patient revenaient à 300 roubles par an. 15 patients bénéficiaient de soins gratuits. Un autre bâtiment médical avec une blanchisserie et un chaudron à vapeur furent construits en 1915.

 

Photo: John A. Lapp, C. Arnold Snyder eds.: Testing Faith and Tradition. A Global Mennonite History: Europe. (Good Books, PA, 2006).

La grande guerre patriotique (1941-1945)

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louis Nussbaumer

L’oppression politique était une pratique courante en Union soviétique dans les années 1930. Le régime de Staline a soutenu les activités de la  NKVD (la police politique), initié une campagne contre les ‘fascistes’ - la population germanophone, aboli les régions nationales et fait des projets pour déporter la population allemande mennonite en 1939. Des arrestations et des agressions physiques contre le clergé et les enseignants ont miné les mennonites et leur identité spirituelle, nationale et culturelle. Ceci a influencé l’attitude des mennonites vis-à-vis des personnes au pouvoir.

 

Les mennonites et les autorités

La guerre entre l’Allemagne et l’URSS éclata en juin 1941. Quelques jeunes mennonites se portèrent volontaires pour l’Armée Rouge. D’autres se contentèrent d’attendre la fin des combats entre les partis en guerre. Il était presque impossible de rester neutre et de ne pas s’engager. Quelques politiciens et des communistes furent exilés à l’est de l’Union Soviétique. La loi ‘Concernant la population allemande en République Socialiste Soviétique’ fut promulguée en août 1941. Suivant cette loi, des éléments anti-soviétiques devaient être arrêtés et la population mâle germanophone (âgée de 16 à 60 ans) était appelée a former des bataillons. Les Mennonites allemands des provinces de  Kharkov, Dnepropetrovsk, Zaporozhe, Stalin (maintenant Donetzk), Voroshilovgrad (Lugansk) et la région de la Crimée devaient être expulsés. Mais l’avancée de l’armée de la Wehrmacht n’a pas permis de réaliser entièrement ces projets.

 

Entre bolchevisme et nazisme

Environ 163 000 Mennonites et Allemands vivaient en Ukraine avant la guerre. Le but des autorités fascistes était d’utiliser le potentiel humain des territoires occupés pour leurs propres objectifs, en s’appuyant sur la population germanophone. Pour cela, ils fournissaient des équipements aux assemblées et prévoyaient de remettre en vigueur les écoles ethniques  et la vie religieuse. Au début il y avait de bons résultats. Mais bientôt les mennonites furent déçus parce que les fermes collectives organisées par Staline, n’étaient pas démantelées et que l’idéologie nazie avait remplacé les idées bolcheviques dans les écoles. Les mennonites ne pouvaient pas accepter le racisme nazi pour qui la population locale, non allemande, était regardée comme des sous-hommes.

 

Etrangers dans leur propre pays

Les Nazis échouèrent dans leur tentative de semer la division parmi la population locale. L’histoire montre bien des exemples de relations amicales entre les mennonites et leurs voisins ukrainiens. Mais la propagande nazi influença les mennonites. Pendant l’occupation ils se trouvèrent eux-mêmes ‘étrangers dans leur propre pays’. Leur retour dans l’Union soviétique montre qu’ils ne se sentaient pas responsables des atrocités nazies.

Colonies

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Catherine la Grande a invité les mennonites à venir en Russie pour développer de nouvelles terres de l’empire. Choisis pour leurs qualités de fermiers, ils reçurent de la terre, de l’argent pour le voyage et l’installation. Exemptés du service militaire, ils avaient obtenu des droits civiques et une certaine autonomie.

 

Colonies à Ekaterinoslav,  Alexandrovsk and Molochansk

Les premières familles mennonites – 228 arrivèrent de la Prusse dans la province d’Ekaterinoslav. Ils fondèrent huit colonies : Chortytza,  Einlage, Rosenthal, Kronsweide, Neuendorf, Shoenhorst, Neuenburg et la colonie de l’île de  Chortitza. Le prochain groupe d’immigrants (118 familles) arrivèrent dans la région de Novomoskovsk et Alexandrovsk en 1793–1796. Au début du 19ème siècle, 150 familles mennonites s’établirent dans la province de Tavria (1804) où ils construisirent leurs villages le long de la rive est de la Molochnaya. En 1804 - 1806 d’autres 365 familles mennonites s’installèrent dans ce district. Durant les premières décennies  les mennonites ont fondé 27 colonies à Molotchna: Halbstadt, Tiegenhagen, Schoenau, Fischau, Lindenau, Lichtenau, Muensterbeg, Altonau, Tiege, Orlovo, Blumenort, Muntau–Ladekop, Mariental, Rudnerweide, Franzthal,  Pastva, Grossweide et Blumstein.

 

En 1835 cinq autres colonies de Bergtal (145 familles) se sont installées dans la région de Alexandrovsk. En 1852 ils furent réunis dans le troisième district mennonite de Mariupol. Lorsque en 1836 - 1866 les Doukhobors, des sectaires russes partirent vers le Caucase, les représentants de l’assemblée de Old-Flemish Gnadenfels venus de la Prusse occupèrent les terres libérées, et fondèrent Gnadenfeld Mennonite Volost dans le District mennonite de  Molochansk.

 

Samara et Volhynia

A partir de 1850 des mennonites de Dansk, Marlenburg et Elbing s’installèrent dans la province de Samara. Vers 1874, il y avait 16 colonies. Quelques colonies mennonites se trouvaient dans la province de Kiev (le village de Mikhalin) et à Volhynia (Karlsweide, colonies de Mennonites suisses). Vers 1870 le nombre de mennonites de Dansk et de la Prusse arrivés en Russie se montait à 2300 familles.

 

Nouvelle migration pour des questions de terres

Des problèmes de terres surgirent à cause du développement économique et de l’augmentation de la population. La ‘loi sur l’héritage’ (1866) permit la parcellisation des terres mais ne pouvait résoudre la question du manque de terres. Les mennonites achetèrent les terres des nobles après 1861, et l’abolition du servage. Quelques nouveaux groupes de colonies furent établies dans d’autres parties de la Russie. Au début du 20ème siècle la population mennonite totale dans l’empire russe était de 104 000. La majorité vivait dans les provinces de Ekaterinoslav, Tavria et Samara. Les plus grandes colonies: Chortytza (1800 personnes), Rosenthal (1226), Neuendorf (1121), Osterwick (3100), Einlage (1258) (dans la province de  Ekaterinoslav); Halbstadt (915) et Waldheim (946) (dans la province de  Tavria).

 

Photo: Wally Kroeker, An Introduction to Russian Mennonites: A story of flights and resettlements to homelands in the Ukraine, the Chaco, the North American Midwest, Germany and beyond. (Good Books, PA, 2005).

 Eglise des Frères Mennonites

Auteur: Nataly Venger
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les communautés mennonites dans l’Empire russe formaient un système social dynamique. La modernisation qui a entraîné des changements dans les assemblées a créé un fossé dans leur manière de voir la foi et les a convaincus de mettre à jour les règles de leur vie d’assemblée. Parallèlement au changement économique et social, les colonies mennonites russes ont subi une ‘réforme’ qui a abouti à une compréhension plus réfléchie de la justice.

 

Schismes

Au milieu du 19ème siècle environ, la moitié des familles mennonites ne possédaient pas de terre. Ils étaient empêchés  de participer au gouvernement autonome, mais avaient des obligations comme les autres propriétaires. Parmi ceux qui ne possédaient pas de terres, quelques-uns travaillaient dans d’autres secteurs professionnels et souhaitaient obtenir les mêmes droits. Leurs protestations amenèrent de nouveaux schismes dans les colonies et dans l’église des Frères Mennonites dans les années 1850. Ce mouvement  réunit les piétistes, les membres de jeunes églises et des entrepreneurs (qui représentaient la majorité de la nouvelle église).  L’église des Frères Mennonites a proclamé son existence pour la première fois en janvier 1860 sur la base de critiques à l’égard des croyances d’autrefois. Le mouvement des Frères Mennonites avait donc un caractère de contestation.

 

Influence et travail missionnaire

Le mouvement des Frères Mennonites devint rapidement populaire parmi ceux qu’on appelait les Nouveaux Mennonites, ouverts aux nouveautés. La première Conférence des Frères Mennonites eut lieu en 1872. Une confession de foi fut rédigée en1873. Leurs colonies se trouvaient à Kuban, Zagradovka et à Mariupol. L’église avait des activités missionnaires et leur journal était la  ‘Friedensstimme’ (Voix de la Paix).

 

‘Histoire de la Fraternité Mennonite’ en Russie, de Friezen (1789-1911)

En 1855 les Frères Mennonites ont célébré le 25ème anniversaire de leur église, qui à ce moment comprenait 7 colonies et 1800 membres. Pendant cette année, on demanda à l’un des responsables de la colonie, P.M.Friezen, d’écrire l’histoire des assemblées des Frères. Son livre a été publié en 1911, il présente l’histoire des colonies mennonites dans son ensemble. Vers 1917 le mouvement des Frères Mennonites comptait 40 assemblées avec 7000 membres.

 

Unis pour garder leur identité

L’histoire montre que l’Eglise des Frères Mennonites n’est pas devenue une dénomination religieuse à part. Le nationalisme russe grandissant à contraint les Mennonites russes à se re-unifier à nouveau. La création de l’Eglise des Frères mennonites a conduit à une nouvelle prise de conscience et à un début de réflexion sur le sens de la mission des Mennonites dans ce monde.

 Les Mennonites russes et leur système d’éducation

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Dans la vie des colonies mennonites l’école et l’instruction tenaient une grande place. L’école produit le savoir, mais c’est aussi un moyen de préserver la foi. Les anciens étaient responsables de l’éducation. Les enfants d’âge scolaire étaient tenus d’aller à l’école et les assemblées en avaient le contrôle.

 

Lire, écrire et compter

L’éducation mennonite a passé par différentes étapes de développement. La première étape (fin 1800-1820) était déterminée par des difficultés financières. A cette époque les seuls objectifs de l’instruction étaient d’apprendre aux enfants à lire, écrire et compter. La deuxième étape se mit en place pendant le deuxième quart du 19ème siècle. Elle était définie par les activités de Johann Cornies qui a crée l’Ecole centrale de formation d’enseignants de quatre classes à Orlovo et ensuite dans les colonies de  Halbstadt et Chortitze. En 1843 on lui confia l’organisation des écoles mennonites. Il a diminué la prédominance des prédicateurs, a mis en place une réforme des écoles et un soutien financier. Cornies introduisit des conférences d’enseignants et fonda le Club de lecture de Gnadenfels et une bibliothèque.

 

Enseigner le russe: la russification

En 1866 le Guardian Comité introduisit le russe comme langue enseignée dans les écoles mennonites. Plus tard, d’après les lois de 1890-1892, les écoles ethniques furent placées sous la direction du ministre de l’éducation nationale. Chaque école eut un enseignant pour le russe. L’état s’est servi de la politique de la langue pour la russification. En 1889, pour avoir plus d’enseignants qualifiés en russe, on mit en place une formation de deux ans à Chortitza.

 

Influences extérieures dans l’enseignement

En avril 1905 la liberté de conscience a été proclamée dans l’empire. Quelques écoles mennonites ont été réorganisées, et de nouvelles furent créées. Après la guerre civile (1920) le processus de renouveau ethnique a continué  mais de manière  controversée. L’Institut Pédagogique d’Odessa a été mis en place pour former les enseignants des écoles ethniques, y compris les écoles mennonites. Cependant la propagande antireligieuse s’intensifiait du côté du pouvoir soviétique. L’état athée a diffusé son idéologie parmi les étudiants et les adultes. Les organisations communistes des Pionniers et des Komzomol furent mises en place. Elles étaient censées influencer la jeune génération. Mais ces organisations se révélèrent incapables d’accomplir leur mission.

 

Lorsque les fascistes arrivèrent au pouvoir en Allemagne les églises mennonites germanophones ont connu l’oppression par le NKVD (Commissariat des Affaires Intérieures). L’institut des professeurs et des enseignants d’Odessa fut accusé de coopération avec les Nazis.

Des entrepreneurs enthousiastes

Auteur: Nataly Venger
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les mennonites de Russie n’étaient pas seulement des agriculteurs couronnés de succès, mais aussi des entrepreneurs de talent. Les colonies mennonites dans la province d’Ekaterinoslav sont devenues les principaux centres de production de l’empire dans la construction mécanique. ‘Lepp et Wallmann’ était l’entreprise de construction la plus importante. L’usine a été fondée en 1850 par Peter Lepp – le fondateur d’une dynastie d’entrepreneurs – elle arriva au  sommet de son succès sous la direction de son petit-fils – Johann Lepp, qui hérita de l’entreprise en 1879 et la dirigea jusqu’en 1919.

 

La dynastie Lepp-Wallmann

En 1880 Andreas Wallmann, un riche agriculteur devint le partenaire de Lepp. Après 1880 l’entreprise s’appela ‘Lepp et Wallmann’. En 1903 l’entrepris devint une société par actions. Les actionnaires étaient 11 représentants de la dynastie Lepps-Wallmann. Ils avaient trois usines de constructions mécaniques dans la province d’Ekaterinoslav. En 1903, la valeur de l’entreprise était estimée à 1,15 millions de roubles. Le capital de l’entreprise s’agrandit jusqu’à 1,2 millions de roubles (1903-1913) et 2,4 millions de roubles (1914-1918).

 

Succès et distinctions de l’entreprise

Au début, l’usine produisait des machines toutes simples pour l’équipement des fermes: faucheuses, des batteuses et des moissonneuses. En 1874 elle fabriqua le premier ‘Lepps Booker’. En 1880 l’usine se mit à produire des moteurs à vapeur, des boilers, des presses à huile, des équipements pour les scieries. Entre 1860-1912, l’usine a participé à des expositions agricoles et a été récompensée par 33 médailles et diplômes.

 

La Première guerre mondiale et les affaires

Pendant la Première guerre mondiale, l’usine a été forcée de produire des armes. Pour les entrepreneurs (pacifistes) mennonites, c’était la seule manière de sauver leur propriété.

 

Importance des usines gérées par les Mennonites

Lepps-Wallmann a beaucoup contribué au développement de l’industrie de constructions mécaniques dans l’empire russe. Des entrepreneurs connus comme A.Koop et C. Hildebrandt ont fait leurs premières expériences dans l’usine de P.Lepp. Vers 1900 les Mennonites de la province d’Ekaterinoslav produisaient plus de 58% de l’équipement agricole de la région. Dans la province de Taurida un tiers des usines de construction mécaniques appartenaient aux mennonites. En 1911 chaque cinquième usine de construction de machines agricoles à Novorussia était la propriété d’un entrepreneur mennonite. Ces chiffres reflètent le succès des entreprises dans ce groupe ethnique et religieux. Les usines mennonites utilisaient toujours les dernières technologies et se trouvaient en compétition avec des entreprises étrangères, fournissant aux clients du matériel bon marché mais de grande qualité.

De la monarchie à la démocratie

Auteur: Nataly Venger
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Les Mennonites ont été invités par Catherine la Grande à venir dans l’Empire russe. Comment la monarchie a-t-elle changé son attitude à l’égard des Mennonites, et pourquoi?

Privilèges

Catherine II a été à l’origine de la colonisation mennonite. C’était une méthode pour cultiver de nouvelles terres : augmenter la population pour améliorer l’économie de l’Empire. La politique de l’émigration active pour les mennonites leur a donné de grandes perspectives économiques. ‘Les Privilèges Mennonites’ ont été signés par l’Impératrice en 1788. Il est intéressant de noter que d’autres groupes ethniques et la population russe n’avaient pas ces avantages.

 

Morale

Paul I (1796-1801), Alexandre I (1801-1825) et Nicolas I (1825-1855) ont aussi soutenu les Mennonites. Paul I a donné aux mennonites une ‘Charte de Privilèges’  voyant leur conduite morale comme un exemple pour d’autres groupes sociaux. Alexandre I a mis en place de nouvelles règles de colonisation en comptant sur des immigrants riches. Il ordonna de rassembler toutes les lois antérieures dans les ‘Statuts des Colonies’. Le roi a subventionné la construction d’églises dans les villages d’Orloff et Rudnerweide. La colonie d’Alexandrwohl a tiré son nom d’Alexandre qui visita Steinbach et Tiege. L’idéologie de Nicolas I se retrouve dans le slogan ‘Orthodoxie, autocratie et nationalité’. Même si les mennonites sont protestants, ils soutenaient l’idée du ‘roi comme père’. Ils démontrèrent leur dévouement à la monarchie. En 1837  Nicolas II a également soutenu les ‘Privilèges’.

 

Changement de statut

La modernisation et l’unification menées par Alexandre II ont introduit un nouveau chapitre dans l’histoire des colonies. En 1871-1874 les mennonites perdirent leur statut de ‘colons’ et furent contraints à un service militaire alternatif. Cependant les réformes n’arrêtèrent pas le développement des colonies, surtout parce que Alexandre II ne soutenait pas les nationalistes. Les mennonites gardèrent l’idée d’un ‘messianisme économique’ qui déterminait leurs liens avec la monarchie. Une nouvelle colonie porta le nom d’Alexandre.

 

De la monarchie à la démocratie

Alexandre III (1881-1894) et Nicolas I (1894-1917) étaient influencés par des sentiments nationalistes. Suivant cette idéologie, ils assimilaient la nation russe à l’orthodoxie et étaient contre les protestants. Nicolas II a soutenu la législation anti-allemande de 1914-1918. Pendant longtemps, les mennonites ont soutenu la monarchie. Un processus démocratique, suite à la révolution de 1905-1907 mit les colons en dialogue avec le gouvernement et changea l’attitude mennonite qui étaient à l’origine des soutiens de la monarchie en soutiens de la démocratie et du système parlementaire.