La Suisse

Langues: Allemand, Français, Italien, Romand

Religions: Catholiques romains 40%, Protestants 25%,

Musulmans 5%.

Population: 8 millions

Capital: Berne

Mennonites en Suisse

Du ‘Armengut’ (Caisse des pauvres) des anabaptistes du Jura à la Mission Mennonite Suisse

Auteur: Pierre Zürcher
Trad.: Louise Nussbaumer 

Parallèlement à la création d’une église, une ‘caisse des pauvres’ a été mise en place pour soulager la détresse et la pauvreté. Cette caisse était alimentée par des contributions volontaires, des legs ou des héritages de personnes seules, ou de couples sans enfants. Même si l’évêque du diocèse de l’époque jouissait légalement du ‘droit d’aubaine’ pour encaisser ces héritages, il y renonçait souvent parce qu’il reconnaissait volontiers que les mennonites s’occupaient eux-mêmes de leurs pauvres.

Dans les archives des mennonites suisses (KMS) on trouve de nombreux livres de compte écrits à la main venant de 11 assemblées, la dernière mention date de 1715.

 

Des bénéficiaires mennonites et non – mennonites

Le soutien par la Caisse des pauvres s’étendait sur tout le Jura jusque dans le territoire de Bâle et par delà la frontière française. Des non – mennonites pouvaient parfois compter également sur cette aide.

 

Voici quelques exemples typiques des livres de compte trouvés dans les archives de la KMS. Le diacre Christen Tschantz note en 1768 avoir reçu de l’héritage de Bürki, 300 couronnes pour la Caisse des pauvres. Un autre trésorier écrit en 1859 : ‘Le 11 septembre, j’ai reçu  91 frs. pour les pauvres de U. Lehmann avant sa mort’. Il est intéressant de remarquer que des personnes seules, vieillissantes, pouvaient passer le soir de leur vie dans une famille mennonite, qui percevait un dédommagement de la Caisse des pauvres.

 

La Mission Mennonite Suisse (SMM)

La Caisse des pauvres montre l’importance de l’aide de proximité dans les églises anabaptistes – bien avant la mise en place d’un service social par l’Etat. On n’est donc pas surpris que parfois on soupçonnait des personnes de rejoindre les assemblées anabaptistes uniquement à cause de cette prise en charge matérielle.

Après la Deuxième guerre mondiale, les Mennonites suisses ont fondé leur propre organisation missionnaire (SMEK) et organisation de secours (SMO), réunis depuis 1998  dans la Mission Mennonite Suisse. A plusieurs reprises furent organisées des opérations de secours, par exemple en 1974 une grande livraison de 50 tonnes de lait en poudre dans la région du Tchad touchée par la famine. D’autres actions ont suivi, en collaboration avec Le Comité Central Mennonite des Mennonites d’Amérique du Nord (MCC).

 

 

Vivre la foi dans les familles mennonites autrefois et aujourd’hui

Auteur: Nelly Gerber-Geiser  Trad.:  Louise Nussbaumer 

‘Pour la nourriture et la boisson, pour le pain quotidien, nous te remercions,  Seigneur’. Le repas est sur la table, les trois générations de la famille rassemblés et affamés – c’est dimanche, début novembre 2013. La foi, si importante pour les grand-parents, se transmet aux enfants. On entonne un chant, tous ne le connaissent pas, mais tous le respectent. Semer et laisser grandir la foi:

 

 …pour que la génération future sache ;... ils se lèveront et le raconteront à leurs fils. Ils mettront en Dieu leur assurance, et ils n’oublieront pas ses actions et garderont ses commandements  – Psaume 78:6-7.

 

Préparer le dimanche

‘Nous ne pouvons plus lire la Bible et la Parole du jour, ensemble le matin, chacun quitte la maison à un autre moment. Aujourd’hui c’est comme ça’.  Voici ce que dit une mère de famille dans les années 1960.

Et encore: ‘Au temps de mon enfance à la ferme il était impensable de ne pas se retrouver le matin autour de la table pour la prière. De même, le soir, tous étaient là, à 12 ou plus, à écouter dans le recueillement papa lire la Bible, et prier. Il était important pour les parents que la foi soit  transmise en famille, à l’école et dans l’assemblée.

 

En tant qu’aînée, je participais aux préparatifs du dimanche: des rangées de chaussures à nettoyer et à cirer, des vêtements à brosser, lessiver les sols, tout ranger; les petits attendaient le bain dans la grande bassine à la cuisine, la pâte pour la brioche n’était pas encore faite. Il y avait des odeurs de savon, de cire, de brioche, de gâteau et de soupe. Nous voulions autant que possible préparer le plus de choses en avance, pour trouver le temps et le calme pour aller au  culte (après le repas de midi) et pour des rencontres avec des parents et des frères en la foi. Presque chaque dimanche, des invités partageaient notre repas.

 

Hospitalité

Dans les fermes anabaptistes on pratiquait l’hospitalité, le dimanche et en semaine. Un marchand ambulant, quelqu’un qui cherchait du travail, ils étaient invités pour un repas. Souvent vivait dans la maison un sans-abri, alcoolique qui avait le gîte et le couvert en échange de son travail. Ils étaient réchauffés, corps et âme autour de la table familiale, en écoutant les chants à plusieurs voix accompagnés par l’harmonium.

 

 

 

 

Tendances, influences et expressions de la foi

Auteur: Lukas Amstutz
Trad.: Louise Nussbaumer 

En visitant les 14 assemblées, on comprend vite que les Mennonites sont différents. Les formes de piété et les convictions théologiques varient non seulement entre les assemblées, mais aussi au sein même des assemblées locales. Cette diversité rend possible l’autonomie dans la doctrine et la pratique. Les prises de position théologiques élaborées au sein de la conférence, n’ont qu’une valeur de recommandation.

 

Mouvements de réveil

Au 19ème siècle les assemblées ont été touchées par le mouvement de sanctification et de réveil. Certains anciens se sont formés au séminaire piétiste fondé à St Chrischona près de Bâle. Cela explique une tradition de réveil qui insiste sur la conversion personnelle, la prière,  la lecture biblique au quotidien  et l’intégrité morale, l’évangélisation et la Mission intérieure et extérieure ainsi que la collaboration avec l’Alliance évangélique. Le refus du service militaire prend moins d’importance, souvent on y renonce.

 

Nouvelles influences

Après la Deuxième guerre mondiale les mennonites d’Amérique du Nord ont apporté de nouvelles impulsions. Inspirés de l’anabaptisme du 16ème siècle, ils mirent l’accent sur les aspects suivants: suivre Jésus, une communauté solidaire et la non - violence. Pour enraciner les racines bibliques théologiques et historiques de ce noyau dur dans les assemblées, on créa en 1950 l’Ecole Biblique Européenne, aujourd’hui le Séminaire théologique au Bienenberg près de Liestal.

 

Marqués par cet héritage anabaptiste les Mennonites se sont engagés pendant des années pour le service civil introduit en 1992 seulement. Au-delà, grandit la prise de conscience que le témoignage de paix ne se réduit  pas à la question militaire. L’aide d’urgence concrète dans des territoires en guerre fait partie de la tradition de l’église de paix, comme la lutte pour la justice sociale ou la promotion de la transformation des conflits, souvent en collaboration avec différents  partenaires dans l’église et la société.

 

Expression de la foi

A certains endroits se développe une ouverture croissante pour des spiritualités charismatiques. Temps de louange avec des chants modernes, un amour plus émotionnel pour Dieu sont mis en place dans les cultes. On se tourne vers les personnes faisant confiance à l’Esprit Saint qui s’adresse aux hommes et les touche, au-delà  des paroles et des actes, aussi à travers des miracles.

Ces différentes traditions de foi font partie aujourd’hui de la diversité mennonite. L’avenir dira s’il s’agit d’expressions de la foi sans lien entre elles, un peu en concurrence, ou s’ils se fécondent mutuellement pour une unité dans la diversité.

 

 

 

 

Aperçu historique

Auteur: Hanspeter Jecker
Trad.: Louise Nussbaumer 

 ‘Widertöuffer’           - Pour leurs contemporains, c’étaient des gens pieux, bizarres, pour l’église officielle, des hérétiques dangereux, pour les autorités, des révolutionnaires et des rebelles. Dans toute l’Europe ils ont été discriminés et persécutés, mis en prison et torturés, déshérités et dépossédés, mis de côté et exécutés. Seule une minorité les considérait comme des chrétiens sérieux ; on les appréciait comme des voisins sur lesquels on pouvait compter, parce qu’ils essayaient de vivre selon leur foi. Qui étaient ces Anabaptistes qui refusaient  le culte officiel, la prestation de serment et le service militaire, et qui payaient le prix fort pour cela?

Les commencements du mouvement anabaptiste se trouvent dans la Réforme du 16ème siècle. Les anabaptistes rêvaient d’une église dont l’adhésion est libre, indépendante des autorités, et loin du modèle officiel imposé par contrainte. En 1525 d’anciens collaborateurs de Zwingli à Zurich commencent à pratiquer le baptême des adultes confessant librement leur foi. Au même moment des mouvements similaires sont apparus dans d’autres lieux en Europe.

 

Amish

La critique anabaptiste à l’égard de la collusion entre Eglise et Etat a provoqué la colère des puissants. Malgré la persécution, le mouvement nommé ‘mennonite’ d’après un de ses chefs, le Néerlandais Menno Simons (1496-1561), se répandit rapidement à travers l’Europe. La répression systématique a poussé l’anabaptisme à s’isoler de plus en plus, d’où une mise à part dans la société et parfois des impasses théologiques douloureuses. Des conflits internes ont conduit en 1693 à la naissance du mouvement Amish.

 

Persécution

Une persécution intense a presque fait disparaître entièrement l’anabaptisme en Suisse jusque vers 1700. Dans la région de Berne les assemblées ont pu subsister jusqu’à ce jour. Mais des traces de la foi anabaptiste se propagent par l’émigration et la fuite  jusqu’au Jura, en Alsace, au Palatinat et en Amérique du Nord.

 

Au temps du  Siècle des Lumières et de la Révolution française la pression se relâche. Des influences piétistes et des mouvements de Réveil au 18 et 19ème siècle ont permis aux assemblées mennonites de trouver une nouvelle vie. De nouvelles églises, proches de l’anabaptisme ancien se développent depuis 1830, par exemple les Evangelische Täufer-Gemeinden  (‘Neutäufer’ Baptistes).

 

Réconciliation

La relation entre églises officielles et églises libres: Peu à peu le ‘contre’ a fait place à un ‘côte à côte’ ou même à un ‘ensemble’. Il y eut des temps de réconciliation importants: le Täuferjahr 2007 et le dialogue national entre réformés et mennonites (2006-2009).

Aujourd’hui en Suisse on trouve 14 assemblées mennonites, avec 2300 membres.

 

 

Tour anabaptiste à travers la Suisse

Auteur: Hanspeter Jecker
Trad.: Louise Nussbaumer 

 Nous commençons ce tour à Bâle. C’est là en 1516 qu’Erasme de Rotterdam a publié l’édition en grec du Nouveau Testament, la base des traductions de la Bible, aussi bien pour Luther que Zwingli.

 

Zurich

La ville de Zurich en Suisse, se trouvait au coeur des mouvements de renouveau de l‘Eglise et de la société à travers toute l’Europe. C’est là que vivait depuis 1519, le théologien Ulrich Zwingli. Bientôt commencèrent les débats: dans quelle mesure, à quelle vitesse et sous la conduite de qui faudrait-il mettre ces réformes en oeuvre ? Quelques-uns parmi ses plus proches collaborateurs formulaient depuis 1523 de plus en plus de critiques vis-à vis de leur maître; en  pratiquant le baptême d’un adulte le 21 janvier 1525, ils ont consommé la rupture définitive. En 1527 Felix Mantz est noyé dans la Limmat,  première exécution d’un anabaptiste de Zurich, suivie par tant d’autres.

 

La Grotte des Anabaptistes

Très vite la persécution a contraint le mouvement à se retirer dans l’arrière-pays. Un exemple impressionnant est la ‘Grotte des Anabaptistes’ (Bachtel près de Hinwil) dans l’Oberland zurichois.

Des leaders anabaptistes se réunirent en 1527 à Schleitheim près de Schaffhouse  pour une concertation. On s’engagea en tant que ‘Frères suisses’  en faveur d’une église non-violente et libre. Une exposition dans le musée local illustre cette histoire. Le mouvement anabaptiste a pu s’établir de manière durable en Suisse, en particulier à Berne. Dans l’Emmental, mais aussi dans le Oberaargau et dans la région de Thun (Steffisburg, Oberhofen, Spiez, Frutigen) l’anabaptisme a été par moments bien représenté. Des témoins émouvants de la répression se trouvent  à Trub avec la cachette des anabaptistes au Hüttengraben (avec musée) ainsi que le château de Trachselwald avec les cellules de la prison.

 

Du refuge au ‘chez soi’

Dans leur fuite à l’étranger, le Jura et ses fermes de montagne a été pour beaucoup d’anabaptistes un refuge provisoire. Le lieu de culte caché dans la grotte ‘Geisskirchli’ près de Souboz est impressionnant. Pour beaucoup ce provisoire devint un chez soi durable, comme le démontrent les lieux de culte p.ex. aux Bulles, au Moron, aux Mottes, ou au Jeangui (exposition).

 

De retour à Bâle nous nous rappelons qu’en 1925 s’est déroulée ici la première Conférence Mennonite Mondiale, et qu’en 1950 l’Ecole Biblique Mennonite Européenne y a été ouverte. Depuis le déménagement au proche Bienenberg près de Liestal (1957) elle est un ‘Centre de Formation et de Rencontre’, bien au-delà des cercles mennonites.

 

 

Les Mennonites suisses sont de bons agriculteurs

Auteur: Jürg Rindlisbacher
Trad.: Louis Nussbaumer

 

L’agriculture est encore bien présente dans les assemblées mennonites suisses: Il n’y a que Deux seulement parmi les 14 assemblées, ne comptent plus d’agriculteurs actifs. Et au Jura, à Kleintal, Sonnenberg ou La Chaux d’Abel  la majorité des membres d’église vivent ou ont grandi dans une ferme. Ces familles vivent de l’élevage dans les zones de collines et de montagne, produisant lait, fromage viande et œufs. Les céréales et les pommes de terre, comme les fruits et les légumes sont cultivés pour la consommation personnelle, ou vendus au marché. Dans les régions de Bâle et Neuenburg on trouve deux exploitations viticoles.

 

De l’agriculture à l’industrie et au travail social

Pendant plus de 400 ans, ‘Mennonite suisse’ pouvait presque se traduire par ‘agriculteur’. Les anabaptistes suisses ont urbanisé et exploité leur terres en tant que propriétaires ou fermiers comme des  paysans compétents et fiables dans l’Emmental et le Jura. Ils se retrouvaient en tant que communautés chrétiennes dans les fermes. Leurs anciens et prédicateurs étaient des paysans et veillaient tels de bons bergers sur les  bêtes à l’étable et au bien de l’assemblée. A partir des années 50 les Mennonites suisses ont  choisi de plus en plus des métiers dans l’industrie et le domaine social, ils ont passé de la campagne vers la ville, où ont été créées de nouvelles églises comme à Bienne et à Berne. Ceci reflète l’évolution de l’agriculture suisse: Entre 1965 et 2011 le nombre d’exploitations agricoles a baissé d’un tiers, celles qui restent s’agrandissent, les familles et le nombre de personnes employées à la ferme diminuent. Les raisons: la mécanisation et la globalisation de plus en plus importante des marchés.

 

Traces anabaptistes dans la culture et l’élevage.

Les Mennonites ont laissé des traces remarquables dans l’agriculture suisse. Les paysans de l’Emmental ont transformé les collines boisées du Jura en pays de cultures. Ils ont souvent été déterminants dans l’élevage de races comme la Montbéliardaise ou la race des Franches-Montagnes. Mais ces traces risquent de disparaître bientôt. L’exploitation des régions de collines fait de moins en moins sens sur le plan économique. Et le ‘Franches Montagnes’ n’est plus demandé comme cheval de labour. Mais les agriculteurs restants gardent intacte la passion pour leur métier. En novembre 2013 un agriculteur mennonite a été élu comme président de Swissherdbook, la plus grande association d’éleveurs de bovin.

Musique et Chant

Auteur: Margrit Ramseyer 
Trad.: Louise Nussbaumer 

2013 : ‘Dieu est vivant’. La chorale de la plus ancienne assemblée anabaptiste en Suisse, Langnau dans l’Emmental, célèbre son 125ème anniversaire par un culte en chants.

 

2008 : ‘Gloire à Dieu dans les cieux’. Le cantique  s’élève avec puissance, à quatre voix, lors d’un enterrement. Les participants sont venus de beaucoup d’assemblées suisses. L’orgue est presque inutile et les visiteurs extérieurs n’en croient pas leurs oreilles.

 

1965 : ‘Alléluia, Dieu le Seigneur règne avec puissance’.  Avec ma famille, je suis dans les chaises vénérables de l’Eglise française de Berne et j’écoute le Messie  de Haendel interprété par un regroupement de chorales mennonites de plus de 100 chanteurs – un événement!

 

Chanter ensemble à plusieurs voix est un élément important du culte, une caractéristique des Mennonites suisses dont ils sont fiers et qu’ils craignent de perdre.

Mais les anabaptistes suisses n’ont pas toujours chanté à plusieurs voix. Les premiers ont composé et chanté des cantiques de martyrs à une voix; longtemps le Ausbund était le recueil de cantiques le plus important. Lorsque les églises réformées de Suisse ont passé au chant à quatre voix, les anabaptistes ont refusé disant que c’était un péché.

 

Chants du Réveil et Vieux Maîtres

Au 19ème siècle les chants du Réveil ont gagné les assemblées mennonites. Des chapelles ont été construites, la persécution avait cessé, et il faisait bon chanter ensemble. L’harmonium est entré dans beaucoup de maisons et de chapelles. Des chorales ont vu le jour, et la répétition de la chorale a été jusqu’à la première partie du 20ème siècle une des rares distractions autorisées.

 

Les enseignants, bien formés dans les écoles anabaptistes, étaient souvent chefs de chœur  et prédicateurs et pouvaient former la relève très tôt, dans les salles de classe. C’était une éducation musicale en continu. Les ‘Vieux Maîtres » étaient découverts, on organisait des fêtes de chant avec enthousiasme et on produisait de grandes œuvres. Un nombre remarquable de musiciens/nnes suisses ont un arrière-plan anabaptiste.

 

Conflit de cultures

Et aujourd’hui? On aime toujours chanter de tout cœur. Pourtant il n’est plus évident de chanter à quatre voix, le nombres de chorales a diminué, de nouvelles formes de louange sont expérimentées.

Beaucoup d’églises vivent une sorte de conflit culturel entre ceux dont la tradition du chant à quatre voix signifie patrie et identité et ceux qui préfèrent une musique anglo-saxonne marquée par la ‘Worship-Music’. Trouver un chemin commun en la matière est un vrai défi à l’amour.

 

 

 Service militaire et Service civil

Auteur: Hans Ulrich Gerber
Trad.: Louise Nussbaumer

Les Mennonites suisses d’aujourd’hui ne sont plus les ‘silencieux du pays’ des 19ème et début du 20ème siècles. Jusque dans les années 60, ils formaient un groupe culturel et religieux à part, aujourd’hui la communauté mennonite de Suisse est soumise aux mêmes évolutions sociologiques que les autres églises. Les joies et les défis d’une communauté dans la transition post-chrétienne concernent les Mennonites de la même manière que les autres églises chrétiennes. On peut vérifier ceci par rapport au service militaire, au service civil et dans d’autres mouvements de résistance.

Service militaire non armé 
Après le 19ème siècle, le service militaire fut rendu obligatoire en Suisse pour tous les hommes et il l’est toujours; beaucoup d’anabaptistes ont quitté leur pays pour l’Amérique du Nord où la liberté de conscience leur semblait acquise. Plus tard les autorités ont permis aux Mennonites un service militaire non armé. Mais les chevaux et les jeeps proposés par l’armée attiraient beaucoup ces agriculteurs venant de milieux modestes et les incitaient à devenir des soldats portant les armes. Les idées pacifistes étaient étrangères au mode de pensée du début des années 20 et c‘est ainsi que s’est perdu l’engagement de refuser le service militaire.

Refus du service militaire
Dans les années 70 et 80 un certain nombre de jeunes Mennonites suisses décidèrent de refuser le service militaire; cela les conduisait automatiquement en prison jusqu’au milieu des années 90. Cette prise de conscience a été largement influencée par la redécouverte de la vision anabaptiste en Amérique du Nord et une nouvelle sensibilité de la société. Il y eut des débats passionnés concernant la soumission à l’Etat selon Romains 13 et le refus de tuer suivant le Sermon sur la Montagne.

Le Comité de Paix mennonite suisse rejoignit dans les années 1980 le mouvement politique grandissant en faveur d’un service civil. Le service civil – avec examen de conscience – a finalement été introduit sur une initiative populaire en 1996.

Justice sociale
Il s’agit pourtant de bien plus que du service militaire et de son refus. Il y a les défis de la justice sociale et du commerce équitable. On débat encore plus de la résistance à l’injustice, au militarisme, à la violence de l’état par exemple l’égard des réfugiés au travail. Il se peut qu’il y ait sur ces questions, des opinions aussi différentes chez les mennonites qu’au sein de la société dans laquelle ils vivent.