Evènements

Colonies mennonites en Pologne

Auteur: Michal Targowski
Trad.: Louise Nussbaumer

Les Mennonites qui ont émigré en Pologne au milieu su 16ème siècle étaient pour la plupart des agriculteurs. Leur compétence pour travailler sur les terres marécageuses leur a permis de s’installer dans les régions peu peuplées dans le delta de la Vistule.

 

Choisir de vivre à la campagne

Même s’il y a eu des communautés d’artisans mennonites et de marchands à Elblag (Elbling) et dans les faubourgs de Gdansk, la plupart des disciples de Menno Simons ont choisi de vivre à la campagne. Les premières colonies mennonites étaient situées dans le delta et la vallée de la Vistule, quelques-uns vivaient sur la côte de la mer Baltique et dans les marécages de la Notec. Au début du 17ème siècle les Néerlandais ont organisé une colonie dans une des îles de la rivière qui se trouve maintenant à l’intérieur de Varsovie. D’autres développements ont été empêchés par les guerres  jusqu’à la fin du 18ème siècle quand de nouvelles générations de Mennonites, nés en Pologne recommencèrent à émigrer et à coloniser de nouvelles terres en amont de la Vistule et de ses affluents.

 

Installés dans des lieux exigeants exposés aux inondations, les villages crées par les Mennonites avaient un caractère particulier – des maisons en bois construits le plus souvent le long d’une digue ou au bord d’un terrain sec près des marécages, les maisons étaient uniformément espacées. Les champs étaient divisés en parcelles régulières en longueur, perpendiculaires à la digue ou à une route et bordés de fossés. Des villages linéaires appelés ‘row villages’ (rzedowka). Leur conception, préservée en plusieurs endroits, fait partie de l’héritage laissé par ces immigrants.

 

Des communautés intégrées

Les colonies mennonites en Pologne ont formé des groupes locaux ce qui permettait l’entraide entre les petites communautés. Ils organisaient des temps de prière et des cultes auxquels assistaient les habitants de plusieurs villages. On faisait tout pour empêcher qu’une ferme mennonite soit achetée par des catholiques ou des luthériens. Ils forment des communautés très proches capables de préserver leur identité et leur foi pendant longtemps, du moins jusqu’à la germanisation au 19ème et 20ème siècle, et parfois même jusqu’à leur émigration dramatique depuis la Pologne en 1945.Ces colonies de plusieurs siècles comprennent des douzaines de villages à Zulawy et la plaine de la Vistule, comme Wielka Nieszawka (Nessau), Sosnówka (Schonsee), Przechówko (Wintersdorf), Mątawy (Montau), Grupa (Gruppe), Bratwin, Jezioro (Thiensdorf), Kazuń (Deutsch Kazun) et Wymyśle. Là comme en bien d’autres endroits, on peut encore trouver trace de l’histoire mennonite, préservée dans des paysages de plaine, avec d’anciens exemples d’architecture en bois ou dans le silence des cimetières.

 

Colonies

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Catherine la Grande a invité les mennonites à venir en Russie pour développer de nouvelles terres de l’empire. Choisis pour leurs qualités de fermiers, ils reçurent de la terre, de l’argent pour le voyage et l’installation. Exemptés du service militaire, ils avaient obtenu des droits civiques et une certaine autonomie.

 

Colonies à Ekaterinoslav,  Alexandrovsk and Molochansk

Les premières familles mennonites – 228 arrivèrent de la Prusse dans la province d’Ekaterinoslav. Ils fondèrent huit colonies : Chortytza,  Einlage, Rosenthal, Kronsweide, Neuendorf, Shoenhorst, Neuenburg et la colonie de l’île de  Chortitza. Le prochain groupe d’immigrants (118 familles) arrivèrent dans la région de Novomoskovsk et Alexandrovsk en 1793–1796. Au début du 19ème siècle, 150 familles mennonites s’établirent dans la province de Tavria (1804) où ils construisirent leurs villages le long de la rive est de la Molochnaya. En 1804 - 1806 d’autres 365 familles mennonites s’installèrent dans ce district. Durant les premières décennies  les mennonites ont fondé 27 colonies à Molotchna: Halbstadt, Tiegenhagen, Schoenau, Fischau, Lindenau, Lichtenau, Muensterbeg, Altonau, Tiege, Orlovo, Blumenort, Muntau–Ladekop, Mariental, Rudnerweide, Franzthal,  Pastva, Grossweide et Blumstein.

 

En 1835 cinq autres colonies de Bergtal (145 familles) se sont installées dans la région de Alexandrovsk. En 1852 ils furent réunis dans le troisième district mennonite de Mariupol. Lorsque en 1836 - 1866 les Doukhobors, des sectaires russes partirent vers le Caucase, les représentants de l’assemblée de Old-Flemish Gnadenfels venus de la Prusse occupèrent les terres libérées, et fondèrent Gnadenfeld Mennonite Volost dans le District mennonite de  Molochansk.

 

Samara et Volhynia

A partir de 1850 des mennonites de Dansk, Marlenburg et Elbing s’installèrent dans la province de Samara. Vers 1874, il y avait 16 colonies. Quelques colonies mennonites se trouvaient dans la province de Kiev (le village de Mikhalin) et à Volhynia (Karlsweide, colonies de Mennonites suisses). Vers 1870 le nombre de mennonites de Dansk et de la Prusse arrivés en Russie se montait à 2300 familles.

 

Nouvelle migration pour des questions de terres

Des problèmes de terres surgirent à cause du développement économique et de l’augmentation de la population. La ‘loi sur l’héritage’ (1866) permit la parcellisation des terres mais ne pouvait résoudre la question du manque de terres. Les mennonites achetèrent les terres des nobles après 1861, et l’abolition du servage. Quelques nouveaux groupes de colonies furent établies dans d’autres parties de la Russie. Au début du 20ème siècle la population mennonite totale dans l’empire russe était de 104 000. La majorité vivait dans les provinces de Ekaterinoslav, Tavria et Samara. Les plus grandes colonies: Chortytza (1800 personnes), Rosenthal (1226), Neuendorf (1121), Osterwick (3100), Einlage (1258) (dans la province de  Ekaterinoslav); Halbstadt (915) et Waldheim (946) (dans la province de  Tavria).

 

Photo: Wally Kroeker, An Introduction to Russian Mennonites: A story of flights and resettlements to homelands in the Ukraine, the Chaco, the North American Midwest, Germany and beyond. (Good Books, PA, 2005).

La ‘cachette’ de Menno Simons

Auteur: Hans Jürgen Goertz
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Dans la partie nord du village de Bad Oldesloe en Allemagne, se trouve une maison blanche, avec un toit de chaume sous un tilleul majestueux, le Menno Kate. Le Kate rappelle les dernières années de Menno Simons (1496-1561), l’éponyme des Mennonites. Chassé de la ville de Wismar en 1544, Menno a trouvé refuge dans le domaine de Wüstenfeld, où il a pu travailler en paix à la rédaction de ses livres, écrire aux églises et débattre des questions controversées de la discipline d’église avec des collègues anciens.

 

La presse à imprimer cachée

Menno Simons a vécu dans le domaine de Fresenburg avec un groupe d’Anabaptistes. Le village de Wüstenfeld a été détruit pendant la Guerre de Trente ans. On ne sait si le Menno  Kate a été reconstruit exactement au même endroit ou non, ou  s’il  a survécu à la guerre. Il se peut que Menno y ait vécu parfois lorsqu’il surveillait l’impression de ses livres. Il a eu l’autorisation d’utiliser l’imprimerie du printemps 1554 jusqu’en été 1556. Pendant ce court laps de temps, et malgré l’interdiction de publier de la littérature anabaptiste, nous savons que quatre de ses ouvrages, y compris la deuxième édition de son  célèbre Livre des Fondations, de 1539/40 y ont été imprimés. Menno Simons est resté à Wüstenfelde après la fermeture de l’imprimerie. Il y est mort le 13 janvier 1561; on dit qu’il a été enterré dans un champ de choux à cinq kilomètres de l’actuelle Kate.

 

De la cachette au musée

Depuis 1902 une stèle et une plaque en bronze honorent la mémoire de Menno Simons à Menno Kate. La maison est signalée comme monument historique. Elle est louée par l’Union des Eglises mennonites allemandes et entretenue par un comité de la Société d’Histoire Mennonite d’Allemagne. Dans les années 60 elle a été restaurée et transformée en un petit musée, qui présente des livres, des cartes, et des images de l’histoire mouvementée des Mennonites. Le musée a ouvert en 1986, après une autre restauration, en 1999, il est ouvert au public du monde entier.

 

Symboles de réconciliation

Le vieux tilleul dont on dit qu’il a été planté par Menno lui-même, est appelé le  ‘Menno–tilleul’. Il y a quelques années des Mennonites ont planté deux hêtres, l’un à Wittenberg et l’autre près de la maison. Les deux arbres rappellent la récente réconciliation entre les églises luthériennes et les Mennonites.

 

Zulawy – le nouveau commencement

Auteur: Łukasz Kępski
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Zulawy – la plaine verte fertile à l’embouchure de la Vistule, avec son architecture traditionnelle et son système de drainage incroyablement complexe, était la patrie de plusieurs générations de Mennonites du 16ème jusqu’au milieu du 20ème siècle.

 

Tolérance

Les premières Mennonites arrivèrent à Zulawy au milieu du 16ème siècle. La région, appelée Werder, faisait alors partie de la Prusse, une des provinces gouvernée par les rois de Pologne. Dans les siècles précédents la Pologne avait montré sa tolérance à l’égard des personnes de différentes religions, Juifs, catholiques romains et orthodoxes qui vivaient  dans le royaume. Pendant la première partie du 16ème siècle, un temps de conflits religieux en Europe de l’Ouest, a amené la victoire pacifique de la Réforme dans de grandes villes polonaises, spécialement dans les riches ports comme Gdansk et Elblag, reliées par des routes commerciales aux Pays-Bas. Cette situation donna de l’espoir aux Mennonites hollandais persécutés. Emigrer en Pologne via Gdansk semblait un moyen de sauver leur propre identité.

 

Les nouveaux arrivés ne sont pas bienvenus

Les Mennonites ne trouvèrent pas un accueil chaleureux à Gdansk ou les marchands et artisans locaux craignaient la concurrence des nouveaux arrivés. Pourtant leurs talents de fermiers sur des terres marécageuses ont incité les administrateurs des terres de la Vistule à inviter les immigrants néerlandais à s’installer dans des régions rurales, parfois incultes de Zulawy. La région fut peuplée de Mennonites avec un réseau de colonies, de canaux et de digues pour permettre le développement de l’agriculture de cette région. Les nouveaux arrivants avaient généralement un statut privilégié avec des contrats de loyer à long terme appelés emphyteusis, qui leur garantissait la liberté religieuse, un gouvernement autonome et les droits coutumiers. A partir de 1540 la population mennonite tout autour de Zulawy grandit en nombre et en surface. Ils s’établirent dans de vieux villages et en créèrent d’autres autour de Gdansk, Zulawy, Eblag et les plaines près de Malbork.

 

Une autre migration

L’existence paisible des Mennonites à Zulawy fut perturbée par les guerres du nord au milieu du 17ème siècle et par l’annexion de cette région par le royaume de Prusse en 1772. Des limitations de leur liberté et une demande grandissante pour le service militaire de la part des nouvelles autorités provoquèrent  une nouvelle migration vers les steppes de l’Ukraine. Beaucoup de Mennonites y trouvèrent une nouvelle patrie. Cependant ils n’oublièrent pas leurs racines et nommèrent plusieurs nouvelles colonies d’après leurs villages à Zulawy. Ceux qui sont restés sur les rives de la Vistule ont du fuir  leur pays pendant la Deuxième Guerre mondiale, laissant un paysage magnifique et un héritage culturel développé pendant les 400 ans de leur vie dans ce pays.

 

 

‘Foyer Grebel’

Auteur: Neil Blough

A cause de son passé colonial, la France reçoit des dizaines de milliers d’étudiants africains francophones dans ses universités.   S’inscrivant dans une collaboration entre mennonites français et nord-américains en région parisienne, un travail d’accueil d’étudiants africains en région parisienne a été inauguré en 1977 avec l’ouverture du ‘Foyer Grebel’ à Saint Maurice. Les mennonites néerlandais et suisses se sont rapidement joints à ce projet, qui est devenu un exemple intéressant de partenariat missionnaire. 

 

Interculturel

Le  Foyer proposait des logements temporaires et de l’aide dans la recherche d’une situation stable pour pouvoir étudier.  Les équipiers du Foyer ont rapidement pris connaissance des difficultés sociales et économiques rencontrées par les étudiants.  Comment y répondre concrètement ? Comment dépasser les méfiances entre le Nord et le Sud ? Le Foyer était aussi un lieu de rencontre et d’échange. Très rapidement, le dimanche soir est devenu l’occasion d’un repas partagé et de discussions fascinantes.  Etre ensemble, discuter, partager la cuisine des autres, chercher ensemble des solutions aux problèmes, tout cela produisait des relations nouvelles, des ponts de compréhension entre cultures et l’apprentissage de la compassion et de la justice.  Pour beaucoup, c’était la première occasion d’échange réel avec « l’autre », le blanc, le noir, l’européen, l’africain. 

 

Miséricordieux

Beaucoup de ses étudiants étaient chrétiens et ne se sentaient pas toujours bien accueillis dans les Eglises parisiennes.  Certaines rencontres sont devenues des occasions pour étudier la Bible, pour chanter et pour prier.  Le point de vue de l’autre pouvait être déroutant, mais finissait en source d’enrichissement mutuel.  De tout cela est née une Eglise multiculturelle à la recherche de nouvelles relations entre les peuples. 

L’Evangile appelle à manifester la compassion : « heureux les miséricordieux ».  Dans ce cas précis, ceux qui voulaient exercer la compassion ont souvent appris la miséricorde de ceux qu’on pensait « aider ».  Le Foyer Grebel était l’apprentissage du « monde des étrangers » à Paris,  C’était l’apprentissage de la différence culturelle, du passé colonial et ses problèmes, mais aussi la découverte du christianisme mondial en train de prendre un essor énorme en dehors de l’Europe.

 

Héritage interculturel

Le désir d’accueillir a produit la mise en place d’un centre plus grand dans la ville voisine de Maisons-Alfort.  L’accueil et la recherche de logements permanents se sont poursuivis jusqu’en 1998 lorsqu’un projet de rénovation urbaine a obligé le Foyer de fermer et de cesser ses activités.  Le Foyer Grebel a cependant donné naissance à deux « enfants » qui vivent toujours : la Communauté Chrétienne du Foyer Grebel devenue l’Eglise protestante mennonite de Villeneuve le Comte et le Centre Mennonite de Paris, mis en place dans le local de Saint Maurice lors de l’extension à Maisons-Alfort.  L’héritage multiculturel du Foyer Grebel existe toujours, un appel constant à la compassion et à la justice parmi les peuples.

 

Vivre Noël Ensemble

Auteur: Paul Hege

Depuis quelques années, l’Église mennonite de Strasbourg participe à ‘Vivre Noël Ensemble’. Cette action nous permet de mettre notre foi en action au service de notre prochain, de  renouveler notre vision de Noël, de collaborer avec d’autres et d’être actifs dans notre ville.

Ensemble

Chaque année, 15 et 20 personnes de l’Église choisissent de passer ensemble la soirée du 24 décembre en accueillant environ autant d’invités, des personnes en marge qui autrement auraient un Noël bien triste et solitaire. Aucun de nous ne regrette cette expérience. Certains  relèvent la joie d’un Noël différent, davantage tourné vers notre prochain et enrichi par les contributions spontanées de nos invités. D’autres sont reconnaissants pour la richesse et la profondeur des échanges avec nos invités, malgré parfois l’obstacle de la langue; certains contacts se poursuivent et même deviennent des amitiés. Plusieurs soulignent que ce genre de moment nous permet de prendre conscience des besoins et de la misère que, souvent, nous côtoyons au  quotidien sans les voir.

 

Oecuménisme

Pour l’Église, c’est un beau projet dans lequel chacun trouve sa place, couples et personnes seules, enfants et parents, personnes plus âgées. Nous encourageons chaque membre à participer et constatons que beaucoup sont ensuite prêts à recommencer. C’est aussi une précieuse occasion de relation et de collaboration active avec d’autres chrétiens et différents acteurs de la vie de notre ville.

 

Vivre Noël Ensemble a été lancé au départ par une œuvre chrétienne de solidarité. Aujourd’hui, c’est un collectif dans lequel sont engagés diverses associations chrétiennes ou non et plusieurs Eglises, qui, avec le soutien de la Ville de Strasbourg, permet à environ 300 personnes marginalisées de fêter Noël dignement. Elles sont accueillies par les différents partenaires, chacun dans son lieu, selon ses possibilités. Le collectif s’occupe du repas, d’un cadeau pour chacun et de la répartition des invités entre les différents lieux: ainsi les différentes équipes concentrent leur attention et leur énergie sur un accueil de qualité. Le collectif organise aussi un temps convivial sous le grand sapin du centre ville qui ouvre la fête, avec boissons chaudes, pâtisseries et musique: c’est là qu’invités et hôtes se rencontrent avant que les groupes se séparent et que la fête continue dans les différents lieux.

 

En tant que petite Église dans notre grande ville, nous sommes très heureux d’avoir trouvé notre place dans ce projet, initié par des chrétiens puis partagé avec d’autres, à travers lequel, nous le croyons, notre Seigneur est honoré à Strasbourg.

 

 

 

 

Moments clés dans l’histoire des Mennonites polonais

Auteur: Michał Targowski
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Depuis leur arrivée au 16ème siècle jusqu’au triste moment de leur départ en 1945, les Mennonites ont joué un grand rôle dans l’histoire difficile de la Pologne, autrefois  patrie de la plus grande population mennonite au monde.

 

Bienvenus et craints

Au milieu du 16ème siècle les premiers Mennonites s’installèrent en Pologne. Leur émigration des Pays-Bas vers le delta et la plaine de la Vistule  suscitait  toutes sortes de réactions parmi la population locale. D’une part on les voyait comme une menace pour l’église catholique ou protestante et des concurrents dangereux pour les métiers  de la ville. D’autre part, ils étaient les bienvenus pour leur talent à cultiver les terres marécageuses. De temps en temps, les villes, les évêques et la noblesse souhaitaient le départ des Mennonites, mais ils restèrent, soutenus par les rois, les seigneurs et les administrateurs des grands domaines.

 

Contrairement  aux autres pays, la Pologne était connue pour sa tolérance religieuse garantie par la loi. En 1642, les Mennonites polonais eurent un privilège particulier : la liberté de conscience et la protection en cas de persécution. Mais au 17ème et 18ème siècle les guerres du Nord ont décimé ou même anéanti beaucoup de colonies mennonites, détruites par des troupes nomades et des épidémies.

 

Liberté perdue

Pendant plus de deux siècles le Commonwealth polonais-lituanien était un endroit où les Mennonites pouvaient vivre selon leur foi et leurs traditions. Cela changea complètement avec les divisions de la Pologne en 1772 et 1793, où certaines  régions furent rattachés au royaume de Prusse. La nouvelle monarchie leur imposa de nouvelles lois ils furent obligés de payer une grande somme chaque année pour être exemptés du service militaire et n’eurent pas le droit d’acheter de nouvelles  fermes. Ceci provoqua une nouvelle émigration vers l’Est. Quelques mennonites s’installèrent à Plock et Varsovie, mais la plupart répondirent à l’invitation de la tsarine Catherine II à venir coloniser les steppes russes. Les familles qui restèrent en Prusse s’identifièrent de plus en plus  avec les Allemands et en 1870 ils finirent par perdre la lutte pour l’exemption du service militaire. Entre temps un nouveau courant d’émigration entraîna beaucoup de Mennonites de Prusse en Amérique du Nord et du Sud.

 

Après la deuxième Guerre mondiale les Mennonites vivant à Zulawy et la plaine de la Vistule furent séparés par de nouvelles frontières de la République de Pologne, de l’Allemagne et de la ville libre de Gdansk. Traités d’Allemands et accusés d’être responsables des désastres de la Deuxième Guerre mondiale, ils durent quitter leurs maisons au début de 1945. Ils partirent surtout vers l’Allemagne ou les Etats-Unis. Ainsi leur présence de plus de 500 ans en Pologne s’acheva de manière dramatique et douloureuse.

 

 

 

Migrations mennonites et installation en Prusse, Pologne et Russie

Auteur: Peter Klassen
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Lorsque le mouvement anabaptiste est né au 16ème siècle, l’accent mis sur le baptême des adultes et la théologie de la paix ont très vite suscité des persécutions. En Pologne des agriculteurs et des hommes d’affaires compétents étaient les bienvenus. C’est ainsi que furent fondées de nombreuses communautés, en particulier dans le delta de la Vistule. Les compétences des Mennonites dans les techniques de drainage ont augmenté les revenus de ces terres qu’ils protégèrent par un réseau de canaux et de digues. D’autres Mennonites, versés dans le commerce, se sont installés dans les environs de Gdansk et d’autres grandes  villes.

 

Hérétiques ou vrais croyants ?

Sans surprise, on a parfois reproché à ces Mennonites non-conformistes d’avoir une fausse foi. Lors d’une scène dramatique à Gdansk, on a demandé aux  Mennonites de réfuter ce reproche. En 1678 plusieurs Mennonites ont comparu devant une commission théologique sous la présidence de l’évêque catholique de Wloclawek (Leslau) pour rendre compte de leur foi. Après cette audition, les églises ont été acquittées de tout soupçon, comme le note Georg Hansen, un religieux de l’Eglise flamande à Gdansk

Suivant l’invitation du seigneur local, dans la région de Nowy Dwor (Tiegenhof)  un certain nombre de Mennonites vinrent s’y installer et bientôt, il y eut un grand nombre de colonies mennonites dans le delta de la Vistule.

 

De nouveaux cas de conscience

De nouveaux défis ont surgi lorsque la Prusse prit le contrôle  du delta de la Vistule. Les nouveaux maîtres avaient peu de sympathie pour les convictions pacifistes des Mennonites et la pression qui  obligeait les Mennonites à servir dans l’armée a soulevé des cas de conscience. Quelques responsables des assemblées de l’Ouest de la Prusse proposèrent de laisser tomber la position pacifiste. Peu à peu il y eut une scission, et à la fin du 18ème siècle plusieurs centaines de familles mennonites partirent en Russie où Catherine II promettait la liberté de conscience. Plus tard, un autre groupe important émigrait en Amérique. Parmi ceux qui restaient il y en eut de plus en plus qui renoncèrent à  leurs  convictions  pacifistes. Plus tard, après la défaite de l’Allemagne en 1945, les Mennonites ont tenté de s’échapper vers l’Allemagne de l’Ouest, certains sont morts en route, d’autres trouvèrent une nouvelle patrie. Les assemblées existantes ont accueilli les réfugiés ou leur ont aidé à partir en Amérique du Nord ou du Sud.

 

Lorsque la mort produit une nouvelle vie!

 Auteur: Martin Podobri
Trad.: 
Louise Nussbaumer

C’était le dimanche 10.10.2010. Les membres de l’Eglise libre mennonite à Salzburg se rencontrent une dernière fois pour décider ensemble la dissolution de l’église. Ce moment était en même temps le niveau le plus bas dans A ce moment on en était arrivé au point zéro dans l’histoire de l’Eglise libre mennonite d’Autriche (MFÖ).

La grande question du comité était: Y a-t-il du sens à maintenir l’Alliance pour les cinq assemblées restantes?

 

En janvier 2011, tous les anciens des cinq assemblées mennonites se retrouvent pour une retraite en commun. Et ils découvrent que toutes les assemblées se battent avec les mêmes problèmes: des conflits dans l’assemblée, la difficulté de trouver des collaborateurs et d’appeler de nouveaux anciens.

D’où la question: Comment une Alliance pourrait-elle aider à résoudre ces problèmes ? C’était la naissance du nouveau MFÖ, une nouvelle compréhension de l’Alliance !

Le comité de MFÖ étudia les conclusions de la retraite et découvrit 5 points  pour lesquels l’Alliance devrait aider les assemblées.

 

Créer une identité

‘Qui sont les mennonites, que croient-ils, et d’où vient ce nom ?’ L’alliance devrait aider les assemblées à découvrir leur identité propre et celle de l’Alliance.

 

Promouvoir la relève des responsables

Les anciens de l’assemblée sont en général trop occupés pour, en plus de leurs tâches, penser à promouvoir la relève. L’Alliance pourrait aider à prendre en copte la nouvelle génération.

 

Mettre en pratique un leadership biblique

Lorsqu’il y a des problèmes au niveau des responsables, ou qu’une assemblée s’occupe de ‘faux’ problèmes, qui peut aider ?

Dans le Nouveau Testament les apôtres ont aidé les assemblées à mettre en place un leadership biblique. C’est à l’Alliance de se charger de cela.

 

Promouvoir la croissance de l’église

L’alliance a beaucoup de contacts avec différentes sociétés missionnaires, et avec la Conférence Mennonite Mondiale. C’est de là qu’elle peut recevoir des impulsions pour la croissance de l’assemblée

 

Fonder de nouvelles églises

Fonder une église-fille serait trop charger une seule église. Mais si les cinq assemblées mennonites s’entraident, cela pourrait être faisable.

C’est triste d’avoir perdu l’assemblée de Salzburg. Mais ce moment triste a contribué à faire naître une nouvelle vie dans l’Alliance. C’est ainsi que la mort a donné la vie.

 

La grande guerre patriotique (1941-1945)

Auteur: Svietlana Bobileva
Trad.: 
Louis Nussbaumer

L’oppression politique était une pratique courante en Union soviétique dans les années 1930. Le régime de Staline a soutenu les activités de la  NKVD (la police politique), initié une campagne contre les ‘fascistes’ - la population germanophone, aboli les régions nationales et fait des projets pour déporter la population allemande mennonite en 1939. Des arrestations et des agressions physiques contre le clergé et les enseignants ont miné les mennonites et leur identité spirituelle, nationale et culturelle. Ceci a influencé l’attitude des mennonites vis-à-vis des personnes au pouvoir.

 

Les mennonites et les autorités

La guerre entre l’Allemagne et l’URSS éclata en juin 1941. Quelques jeunes mennonites se portèrent volontaires pour l’Armée Rouge. D’autres se contentèrent d’attendre la fin des combats entre les partis en guerre. Il était presque impossible de rester neutre et de ne pas s’engager. Quelques politiciens et des communistes furent exilés à l’est de l’Union Soviétique. La loi ‘Concernant la population allemande en République Socialiste Soviétique’ fut promulguée en août 1941. Suivant cette loi, des éléments anti-soviétiques devaient être arrêtés et la population mâle germanophone (âgée de 16 à 60 ans) était appelée a former des bataillons. Les Mennonites allemands des provinces de  Kharkov, Dnepropetrovsk, Zaporozhe, Stalin (maintenant Donetzk), Voroshilovgrad (Lugansk) et la région de la Crimée devaient être expulsés. Mais l’avancée de l’armée de la Wehrmacht n’a pas permis de réaliser entièrement ces projets.

 

Entre bolchevisme et nazisme

Environ 163 000 Mennonites et Allemands vivaient en Ukraine avant la guerre. Le but des autorités fascistes était d’utiliser le potentiel humain des territoires occupés pour leurs propres objectifs, en s’appuyant sur la population germanophone. Pour cela, ils fournissaient des équipements aux assemblées et prévoyaient de remettre en vigueur les écoles ethniques  et la vie religieuse. Au début il y avait de bons résultats. Mais bientôt les mennonites furent déçus parce que les fermes collectives organisées par Staline, n’étaient pas démantelées et que l’idéologie nazie avait remplacé les idées bolcheviques dans les écoles. Les mennonites ne pouvaient pas accepter le racisme nazi pour qui la population locale, non allemande, était regardée comme des sous-hommes.

 

Etrangers dans leur propre pays

Les Nazis échouèrent dans leur tentative de semer la division parmi la population locale. L’histoire montre bien des exemples de relations amicales entre les mennonites et leurs voisins ukrainiens. Mais la propagande nazi influença les mennonites. Pendant l’occupation ils se trouvèrent eux-mêmes ‘étrangers dans leur propre pays’. Leur retour dans l’Union soviétique montre qu’ils ne se sentaient pas responsables des atrocités nazies.

Souvenir des mennonites en Pologne aujourd’hui

Auteur: Michal Targowski
Trad.: Louise Nussbaumer


Le desastre de la Deuxieme guerre mondiale a force les mennonites a quitter la Pologne, leur patrie depuis 400 ans. L’heritage qu’ils ont laisse est actuellement redecouvert et fascine les nouvelles generations de Polonais ainsi que les visiteurs de l’etranger.

Respect

Les fermes et les maisons laissees par les mennonites qui emigraient furent reprises par des familles polonaises exilees des territoires annexes par l’URSS. L’attitude des nouveaux habitants a l’egard de leurs predecesseurs etait influencee de maniere negative par les douloureuses experiences de la guerre et l’antagonisme entre Polonais et Allemands. Cependant on respectait beaucoup les mennonites a cause de leurs batiments, et de leurs procedes qui permettaient de cultiver la terre dans les zones humides.



Echange pedagogique et culturel

La periode de la Guerre froide rendait impossible aux mennonites tout retour dans leur patrie. Se souvenant de leurs racines, ils firent en sorte d’organiser a plusieurs reprises une aide substantielle pour la Pologne, surtout les premieres annees apres la guerre. Ce n’est que vers les annees 1970, suite a une normalisation des relations entre la Pologne et l’etranger, que quelques mennonites furent autorises a visiter leurs anciennes eglises et colonies pour la premiere fois. Ce fut le debut d’un echange pedagogique et culturel organise par le Comite Central Mennonite. En se developpant, les contacts ont permis une cooperation plus proche, pour la restauration des cimetieres oublies, la recherche historique sur les mennonites en Pologne et un soutien materiel envoye aux Polonais.



Le musee de Zulawskie

Dans la Pologne independante d’aujourd’hui on observe un interet croissant pour les mennonites. Ce qui reste de leur existence est reconnu comme un heritage precieux d’une grande portee. Il y a beaucoup d’organisations et d’associations qui veillent au souvenir des mennonites par des expositions, des evenements culturels, la restauration des cimetieres et la sauvegarde des batiments mennonites. Depuis 1993 la Conference Mennonite Internationale est organisee par le Club Nowodworski a Nowy Dwor Gdanski. Cette association a ouvert le musee Zulawskie avec une exposition decrivant l’histoire des mennonites locaux. Cet heritage est mis en valeur par des Routes touristiques officielles (Szlak Mennonitow) et aussi par le Week-end mennonite a Chrystkowo pres de Chelmno. Dans un proche avenir le Parc Olederski Etnograficzny (Dutch Colonization Open Air Museum) sera ouvert pres de Torun avec des maisons originales et des objets laisses par les mennonites qui ont quitte la vallee de la Vistule. Et finalement en 2007, la Agape Mennonite Fellowship a ete creee a Minsk Mazowiecki comme une communaute de chretiens perpetuant les convictions et les traditions des mennonites polonais.

Diversité des Mennonites ayant un arrière-plan russe

Auteur: Hermann Heidebrecht
Trad.: 
Louise Nussbaumer

Des 2.5 millions d’Allemands nés en Russie qui ont immigré en Allemagne depuis 1970, environ 200.000 ont des racines mennonites. Beaucoup de ceux qui entraient en Allemagne se déclaraient de confession mennonite, mais beaucoup d’entre eux  vivaient en Union Soviétique dans des régions où il n’y avait pas d’églises mennonites après la Deuxième Guerre mondiale. Ils n’ont pas été baptisés et n’ont jamais fait partie d’une assemblée mennonite ou Frères Mennonites (en Union Soviétique c’étaient les deux branches les plus importantes). Dans les dernières décennies, beaucoup de ces personnes ‘déracinées’ ont retrouve le chemin vers une communauté de foi. Plus de 100 assemblées de Mennonites nés en Russie réunissent 35.000 à 40.000 membres.

 

Fraternités et associations

A peu près toutes les assemblées mennonites  (environ 35 lieux de culte) forment l’Association pour le Soutien Spirituel des Eglises Mennonites (Arbeitsgemeinschaft zur geistlichen Unterstützung des Mennonitengemeinden, AGUM). Les Frères Mennonites ont rejoint différentes autres associations. Une grande partie  des Eglises des Frères Mennonites a rejoint des associations avec des Baptistes Evangéliques Chrétiens nés en Russie : 25 églises ayant des branches dans la Fraternité des Eglises Chrétiennes en Allemagne (Bruderschaft der Christengemeinden in Deutschland, BCD), et 7 églises Frères Mennonites  ont rejoint l’Union des Eglises Anabaptistes (Bund Taufgesinnter Gemeinden, BTG). Un groupe plus important d’églises de Frères Mennonites avec 23 lieux de réunion est le Cercle de Frankenthal, une fraternité informelle. Une église de Frères Mennonites a rejoint la Fraternité des Chrétiens Baptistes Evangéliques (Bruderschaft des Evangeliums Christen Baptisten), et plusieurs assemblées n’ont rejoint aucune association. Un certain nombre de mennonites nés en Russie font partie d’autres associations (AMBD,VMBB, WEBB).

 

Déclaration de réconciliation

Pendant la célébration du 150ème anniversaire de l’Eglise des Frères Mennonites en 2010, plusieurs églises des Frères Mennonites qui faisaient partie de l’Union des Eglises Anabaptistes (BTG), de l’Association des Frères Mennonites en Allemagne (AMBD), et de l’Association des Eglises Evangéliques Libres en Bavière (VMBB) ont publié une Déclaration de Réconciliation, où ils demandaient pardon pour une conduite inappropriée à l’égard d’autres églises mennonites pendant leur histoire, et exprimé le désir que dans un futur partagé la collaboration soit empreinte d’amour fraternel et d’appréciation mutuelle. Même si la majorité des églises Frères en Christ n’a pas signé cette déclaration, les relations entre les églises des deux côtés ont été fraternelles et souvent même cordiales depuis beaucoup d’années.